Le pont Alexandre III

LE PONT ALEXANDRE III

         Au commencement du XVIIIe siècle, il y avait, auprès des Invalides, un « Bacq qui était, nous disent les curiositez de Paris, d’une grande commodité pour passer au Cours la Reine, qui est vis-à-vis ».

         Thierry en fait ainsi mention « Le port aux pierres de Saint-leu et le port au marbre sont sur ce quai, au-dessus du pont volant ou bac des Invalides. » Et cet auteur ajoute :« l’on voit aussi en cet endroit, au milieu de la rivière, une patache ou bateau couvert, où se tiennent les commis des fermiers du roi, qui ont le droit d’arrêter les marchandises de contrebande et de faire payer les droits établis sur tout ce qui arrive par eau. »

         En 1811 Lamandé fit un projet de pont en fer « pour le passage des gens de pied ». Il devait être construit entre le quai des Invalides et le Cours la Reine. Ce pont était à une arche principale, avec une arche secondaire, à droite et à gauche. Les piles du pont étaient en maçonnerie. Ce projet n’eut aucune suite.

         En 1824 un autre projet de pont en fil de fer fut présenté à l’administration par Navier. Mis en adjudication le 7 avril 1824, les travaux commencèrent au mois d’août suivant. Ils durèrent deux ans. « Une rupture s’étant produite le 6 septembre 1826 dans une conduite d’eau passant à proximité de la fouille des contreforts, celle-ci fut noyée, et, les contreforts n’étant plus étagés, un décollement se produisit à leur partie supérieure Cette avarie, peu grave par elle- même, fut cause néanmoins de l’abandon du projet par le Conseil municipal de Paris et sa décision fut insérée dans le Moniteur du 29 février 1828.

         L’année suivante, un troisième projet de pont suspendu fut repris, mais à l’emplacement actuel du pont des Invalides.

La construction du pont Alexandre III est donc la réalisation d’un projet déjà ancien. Elle était, d’autre part, un complément indispensable de la voie nouvelle ouverte sur les Champs-Elysées, entre le grand et le petit Palais.

         Le pont Alexandre III est une œuvre essentiellement décorative. Le décret du 5 octobre 1896, qui en autorisa l’exécution, imposait du reste les conditions suivantes :

         « I° Ne pas masquer la perspective des Invalides, que la nouvelle avenue était destinée à mettre en pleine lumière .

         « 2° Ne pas nuire à l’aspect si riant et si mouvementé de la Seine, qui, vue du pont de la Concorde, offre un spectacle unique, par le déroulement des ses ponts et de sa navigation intense.

         « 3° Présenter une largeur en harmonie avec celle de l’avenue de 100 mètres qui devait desservir du côté des Champs-Elysées, tout en ne couvrant pas une trop grande surface de notre beau fleuve.

          A ces considérations, l’auteur du décret du 5 octobre 1896 aurait pu ajouter celles qui avaient fait choisir en 1824 ce même emplacement pour y construire le pont des Invalides et qui sont exposées par Navier lui-même dans un opuscule publie en avril 1827, ayant pour titre de l’entreprise du pont des Invalides et qu’on croirait écrit d’hier.

         « L’emplacement, dit Navier, a été adopté par deux motifs principaux : premièrement, c’est celui qui convient le mieux à la circulation publique, parce que la direction du pont étant prolongée par l’allée de Marigny, ce pont établit une communication directe entre le faubourg Saint-honoré et les boulevards auxquels aboutissent les rues principales du faubourg Saint-Germain. Cette direction est tellement indiquée, qu’elle avait été choisie librement par le locataire du passage d’eau. En second lieu, on a regardé comme naturel et convenable, en profitant des percées pratiquées il y a quelques années dans les plantations des Champs-Elysées, de mettre l’édifice en rapport avec l’hôtel des Invalides et l’esplanade, et d’en faire ainsi une partie de ce grand ensemble. C’est par un motif à peu près semblable que le pont des Arts a été placé dans l’axe commun du Louvre et du palais de l’institut. »

        Le travail, d’après les plans de MM. de Resal et Alby, ce dernier ingénieur des ponts et chaussées, fut confié à l’usine du Creusot qui resta chargée de l’étude des procédés de montage.

        « Le type de l’ouvrage est en arc, à trois articulations, avec viaducs de raccordement sur les bas ports.

        « L’axe longitudinal du pont coïncide avec celui de la nouvelle avenue…

        « La distance de 155 mètres qui sépare les parapets des deux quais actuels de la Seine est divisée en trois parties : le lit de la Seine occupe la partie centrale comprise entre deux bas ports, de 22 m 50 de largeur chacun , les culées du pont font une légère saillie sur les murs des bas ports , le débouché linéaire du pont, mesuré suivant son axe, est de 109 mètres entre les murs des culées.

         « Les coussinets qui portent les rotules font saillie de 0m 75 sur le nu des culées, de telle sorte que les articulations de naissance sont distantes de 107 m 50 d’axe en axe.

         « La largeur du pont, mesurée normalement à l’axe est de 40 mètres entre garde-corps, cette largeur se partage entre une chaussée centrale de 20 mètres et deux trottoirs de 10 mètres chacun

         « Le bombement de la chaussée est de 20 centimètres.

         « L’ossature métallique du pont comprend quinze fermes également espacées. Les arcs sont en acier moulé et constitués par des voussoirs successifs à l’exemple d’une voûte en pierre de taille.

         « Une des particularités les plus frappantes de cet axe est son grand surbaissement, qui est de 1/17,12’ supérieur ainsi au surbaissement de tous les ponts en arc construits en France. Il en résulte des poussées considérables sur les culées (288tonnes par mètre courant de pont, ou sensiblement 825 tonnes par rotule)

        « La superstructure est en acier laminé

        « La chaussée est pavée en bois pour diminuer le poids mort ; les bordures de trottoirs sont en acier moulé, et, pour permettre la libre dilatation de la chaussée dans le sens transversal, cette chaussée vient buter contre des ressorts en spirale.

         « L’importance de l’ouvrage au point de vue du tonnage peut s’évaluer approximativement comme suit :

Poids des arcs en acier moulé……..      2 000 tonnes (environ,)

– des laminés correspondants………      2 000 –

– des viaducs sur bas port………….          450 –

– des couvertures de tramways ……..        250 –

– des abouts de tranchées des – dites…..  100 –

– des aciers coulés pour sabots,

de tympans, bordures de trottoirs…………   250 –

– des fontes ……………………..                         250 –                                                                          

                                                               _____________

– poids total……                                           5 300 tonnes                           

          L’ouvrage publié en 1902 sur les Établissements de MM. Schneider et Cie, ouvrage dont nous avons extrait les renseignements qui précèdent, donne sur le pont Alexandre III des indications très détaillées et très complètes sur les fondations, le montage, le pont roulant, etc. Ces indications sont accompagnées de nombreuses planches et de vues photographiques.

          La pose de la première pierre fut l’objet d’une imposante cérémonie, que S M. l’empereur Nicolas II, très touché de l’hommage rendu à la mémoire de son père, présida en personne, ayant à ses côtés M. Félix Faure président de la République.

          Dans son numéro du 14 avril 1900, l’Illustration donne tous les détails de cette grande cérémonie.

          La truelle et le marteau dont se servit Sa Majesté avaient été exécutés par Falize, orfèvre parisien. La truelle, toute en or fin, pesait 750 grammes. La plane mesurant 12 cm 1/2 sur 6 et 10 cm de large, portait l’inscription suivante, en caractères antiques.

Le VII octobre MDCCCXCVI

Sa Majesté Nicolas II

Empereur de toutes les Russies

Sa Majesté l’Impératrice Alexandra Féodorovna

Félix Faure

Président de la République Française

Ont posé à Paris

La première pierre du pont Alexandre III

Méline étant Président du Conseil des Ministres

Henry Boucher Ministre du Commerce et de l’Industrie

Et Alfred Picard

Commissaire Général de l’Exposition Universelle de 1900

          La poignée de la plane avait 1a forme d’une urne. Ses ciselures représentaient, au milieu, le Vaisseau de la Ville de Paris, avec sa devise fluctuat nec mergitur; à l’extrémité arrondie, trois fleurs de lys, vers le col, au-dessous du mot Sequana, une branche d’olivier. Enfin, l’attache recourbée entre la poignée et la plane, représentant un flot jaillissant de l’eau, achevait ainsi de symboliser le fleuve.

          Le marteau d’acier portait en Incrustation d’or les mots Pax et Robur. Sur le manche en Ivoire long de 31 e/m’ le chiffre de la République R. F. et le monogramme N étaient entrelacés de branches de chêne et d’olivier. Un marteau exactement semblable sur lequel la lettre F était substituée à la lettre N avait été exécuté pour M. Félix Faure.

          Le porte-plume qui servit à l’Empereur et au Président de la République pour la signature du procès-verbal de la cérémonie, figurait un roseau de la Seine – un roseau d’or vert – d’une longueur de 27 cm.

          La partie décorative de l’œuvre est ainsi décrite dans un guide intitulé : L’Exposition et Paris au XXe siècle.

         « La partie placée sur la rive gauche personnifie la gloire de la guerre, celle qui fait face aux Champs- Elysées la joie de la paix.

         « A l’entrée du pont sur la rive droite, à l’entrecroisement de l’avenue Nicolas II et du Cours la Reine, deux pylônes marquent triomphalement l’entrée du pont.

         « Formés d’un faisceau de quatre colonnes ioniques en pierre de Chauvigny, placés sur un socle en pierre de l’Isère ces deux pylônes s’élèvent à une hauteur de 17 mètres.

         « En avant, à droite et à gauche. Un lion et un enfant œuvre de Gardet, groupe exquis, plein de grâce et de forme. Un enfantelet nu enlace et semble enchaîner et conduire avec des guirlandes de fleurs, le fauve doux et paisible ; souriants l’un et l’autre, ils marchent côte à côte également heureux et beaux, unis par la bonté et par l’innocence, c’est un couple divin.

         « Sur chaque socle est une grande statue en pierre, ornée d’attributs en bronze dore ; à droite, c’est la France et Charlemagne, œuvre d’Alfred Lenoir, portant les armes impériales de Russie, la France forte des temps héroïques et des épopées ; son large manteau est un souvenir du pallium de la grande époque gallo-romaine.

          « Au-dessus, un Pégase en bronze doré, de Frémiet, tenu à la bride par une Jeune fille, floréale figure, dont la main gauche élève une palme.

         La poignée de la plane avait 1a forme d’une urne. Ses ciselures représentaient, au milieu, le Vaisseau de la Ville de Paris, avec sa devise fluctuat nec mergitur; à l’extrémité arrondie, trois fleurs de lys, vers le col, au-dessous du mot Sequana, une branche d’olivier. Enfin, l’attache recourbée entre la poignée et la plane, représentant un flot jaillissant de l’eau, achevait ainsi de symboliser le fleuve.

         Le marteau d’acier portait en Incrustation d’or les mots Pax et Robur. Sur le manche en Ivoire long de 31 e/m’ le chiffre de la République R. F. et le monogramme N étaient entrelacés de branches de chêne et d’olivier. Un marteau exactement semblable sur lequel la lettre F était substituée à la lettre N avait été exécuté pour M. Félix Faure.

         Le porte-plume qui servit à l’Empereur et au Président de la République pour la signature du procès-verbal de la cérémonie, figurait un roseau de la Seine – un roseau d’or vert – d’une longueur de 27 cm.

         La partie décorative de l’œuvre est ainsi décrite dans un guide intitulé : L’Exposition et Paris au XXe siècle.

         « La partie placée sur la rive gauche personnifie la gloire de la guerre, celle qui fait face aux Champs- Elysées la joie de la paix.

         « A l’entrée du pont sur la rive droite, à l’entrecroisement de l’avenue Nicolas II et du Cours la Reine, deux pylônes marquent triomphalement l’entrée du pont.

         « Formés d’un faisceau de quatre colonnes ioniques en pierre de Chauvigny, placés sur un socle en pierre de l’Isère ces deux pylônes s’élèvent à une hauteur de 17 mètres.

         « En avant, à droite et à gauche. Un lion et un enfant œuvre de Gardet, groupe exquis, plein de grâce et de forme. Un enfantelet nu enlace et semble enchaîner et conduire avec des guirlandes de fleurs, le fauve doux et paisible ; souriants l’un et l’autre, ils marchent côte à côte également heureux et beaux, unis par la bonté et par l’innocence, c’est un couple divin.

         « Sur chaque socle est une grande statue en pierre, ornée d’attributs en bronze dore ; à droite, c’est la France et Charlemagne, œuvre d’Alfred Lenoir, portant les armes impériales de Russie, la France forte des temps héroïques et des épopées ; son large manteau est un souvenir du pallium de la grande époque gallo-romaine.

         « Au-dessus, un Pégase en bronze doré, de Frémiet, tenu à la bride par une Jeune fille, floréale figure, dont la main gauche élève une palme.

         « De chaque côté du socle, une proue du vaisseau de Paris.

         « A gauche, la France contemporaine, de G Michel ; la France pacifique, qui, pour le travail fécond, a réuni toutes les nations, les appelant, l’olivier à la main, tandis que d’une brassée de feuillages s’envole le génie des arts.

         « Et un autre Pégase doré, la Renommée des sciences, de Frémiet.

         « En nous engageant sur le pont, remarquons au-dessus de la dernière voûte de la culée de la rive droite, les deux enfants de Morice, deux génies des eaux.

         « Les candélabres placés à droite et a gauche et sur montant les deux balustrades, véritables chefs-d’œuvre d’élégance artistique, sont de Gauquié.

         « Toute la décoration ornementale si remarquable est d’Abel Poulain et de Grantzlin.

         « L’ornementation métallique est tirée de la Flore et de la Faune des eaux, elle est revêtue d’une teinte blanc perle, en harmonie avec la blancheur des pierres de taille.

         « La façade sur la rive gauche est également encadrée par deux pylônes semblables à ceux que nous avons déjà décrits.

         « Le pont traversé, retournons-nous faisant face à ces pylônes.

         « A notre gauche, surmontée du Pégase de Steiner, que même une renommé guerrière, l’épée nue, est la France de louis XIV de Marquestre, qui, très habilement, a modernisée la hautaine figure personnifiant la monarchie absolue. Il lui a laissé ses attributs, le casque empanaché, la cuirasse rigide le manteau de cour magnifiquement drapée. Majestueusement assise sur un socle orné de la couronne, elle appuie sur son genou droit le sceptre sommé de fleurs de lys et tient en sa main gauche l’image de la gloire.

         « A notre droite, rayonne la France de la renaissance, d’un des grands maîtres de notre temps, Jules Coutan, dont les visiteurs de 1889 ont tant admiré la fontaine monumentale .

         « Les bras nus, la longue épée posée sur un genou, cette France, d’un geste élégant et fier, lève le manteau qui pesait sur elle. Elle rêve à la gloire ; ses yeux voient une aurore et sourient gravement à l’avenir. Ses attributs, le globe terrestre, la statuette près d’un vase ciselé, évoquent le souvenir des découvertes du XVIe siècle et de l’épanouissement des arts.

         « Au-dessus, le Pégase de Grasset symbolise la Renommée du Commerce. Les lions emblématiques au-devant des statues sont l’œuvre de Dalou. D’allure plus héroïque, plus farouches que leurs frères en paix sur l’autre rive, ils ne se laissent plus guider par les enfants insouciants placés près d’eux ; ils les protègent. Leurs naseaux flairent l’ennemi ; leurs yeux fouillent l’horizon redoutable ; confiants en leur force, ils mesurent la gravité du péril, prêts à y faire face.

         « Les deux génies placés de chaque côté ont été exécutés par Massoule, dont les belles œuvres sont connues.

         « Au-dessous, du côté de la place de la Concorde au point central, à la clé de voûte de l’arche, les armes de la Russie et la figure de la Néva, son grand fleuve, avec ses nymphes idéalement belles ; de l’autre côté, à la même place, les armes de Paris et les nymphes de la Seine, belles créations de Récipon qui, de la sorte, a complété glorieusement le symbole de la grande alliance pour la paix.

          Avant d’être livre à la circulation, le pont Alexandre III fut, suivant l’usage, soumis à des essais de résistance.

          Le cahier des charges imposait, aussi bien pour l’acier coulé que pour l’acier laminé, 42 kilos de résistance par millimètre carre à la rupture, avec 22 % d’allongement. Ces conditions furent largement remplies.

          Les appareils des culées enregistrèrent une poussée d’axe, à répartir sur la surface, comme disent les ingénieurs en termes techniques, de 2 050, les culées ne manifestèrent aucun recul sous cette formidable poussée.

          Quant aux appareils du tablier, ils marquèrent un simple fléchissement de cinq millimètres au point culminant de l’arcature, fléchissement qui disparut après le passage du poids : c’est là le simple jeu normal des pièces d’acier.

         L’expérience était concluante, car les poids roulants, au moyen desquels ces essais furent effectués, représentaient la résistance à une charge moyenne de cinq cents kilos par mètre carré. Or les foules les plus pressées ne comportent que six personnes par mètre carré.

Tiré du livre : Histoire Générale des Ponts de paris de Charles DUPLOMB en 1911 (1ère partie les Ponts sur la Seine)

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