Le pont de l’Alma

LE PONT DE L’ALMA

Entre le pont des Invalides et le pont d’Iéna, il n’existait, avant 1854, aucun moyen de communication entre la rive droite et la rive gauche de la Seine. La construction d’un pont s’imposait donc dans cette partie de Paris pour servir de débouché d’une part à l’avenue Montaigne, artère principale des Champs-Elysées, au Cours la Reine, aux terrains de Chaillot, dont la transformation commençait alors et qui s’est opérée avec une rapidité vraiment exceptionnelle, et d’autre part à l’important quartier du Gros-Cailloux, déjà très populeux, que des rues et des constructions nouvelles ont complètement transformé.

Commencé à la fin de 1854(1), en face de l’avenue Montaigne (décision du Ministre des Travaux Publics du 28 octobre et 8 novembre 1854), le nouveau pont reçu le nom de  » Alma « , en souvenir de la première victoire remportée sur les Russes en septembre 1854.

Il aurait dû être livré le 1er mai 1855, pour l’ouverture de la première grande Exposition Universelle à Paris. La hauteur exceptionnelle de la Seine, pendant l’hiver de 1854-1855, ne le permit pas.

Ce fut Napoléon III qui l’inaugura le 2 avril 1856, à l’occasion de la remise de drapeaux aux régiments qui avaient fait la campagne de Crimée.

 « Ce pont est composé de trois arches de forme elliptique celles de rive ont 38 m 50 d’ouverture et celle du milieu 43 m. Toutes trois ont leur naissance à 0 m. 65 au-dessus de l’étiage. La hauteur d’intrados est de 8 m 15 au-dessus de ce niveau pour celles de rive et de 8 m 85 pour celle du milieu. Elles ont toutes trois 1 m 50 d’épaisseur à la clef, réduite à 1 m 30 dans le plan des têtes, qui sont allégées par des voussures dans le genre de celles dû pont de  Neuilly.

 » Ces arches reposent sur deux piles et deux culées. Les piles ont 5 mètres d’épaisseur à leur base, et sont fondées sur pilotis. La nature du sol a permis de fonder la culée rive gauche sur terrain naturel à 0 m. 30 au-dessus de l’étage, comme celle du côté oppose a dû être fondée sur pilotis comme les piles. Ces culées ont 8 mètres: d’épaisseur, celle de droite est adossée directement à l’ancien mur du quai de la  Conférence, et celle de gauche est reliée   à l’ancien mur du quai d’Orsay par trois contreforts entre lesquels on a ménagé des chambres d’évidement pour diminuer   le cube de la maçonnerie.

 » Les bandeaux de têtes sont en pierres de taille comme les piles et les culées les douelles sont en meulière piquée. 

La maçonnerie du corps de voûte a été bourdée en mortier de ciment de Vassy. Les têtes sont couronnées d’une corniche en  pierre de taille surmontée de parapets qui sont composées de pilastres et de balustres en pierre comme ceux du pont de la Concorde. La largeur du pont est de 20 m. 70 entre les têtes et de 20 mètres entre les  parapets.

 » La chaussée, dont la largeur est de 12 mètres et les  trottoirs qui ont chacun 4 mètres sont supportés par des voûtes de décharge reposant sur les reins des grandes voûtes et destinées à allier alléger le poids de la construction (2). »

Quatre statues décorent les avant et les arrière- becs des piles de l’arche du milieu un zouave, un soldat de ligne, un artilleur et un chasseur à pied. Les deux premières sont dues au ciseau de M Diebolt; les deux autres à celui de M. Arnaud. Elles ont coûte 110 000 francs, y compris la fourniture de la pierre dure et les frais d’échafaudage.

La dépense du pont proprement dit a coûté 160 000 Fr Les travaux ont été confiés directement et sans adjudication à M Gariel, qui à la même époque, exécutait ceux du pont des Invalides.

En amont du pont de l’Alma a été immergé, en 1868, un tube syphoïde destiné à réunir dans le lit de la Seine les égouts collecteurs de la rive droite et de la rive gauche.

L’Illustration (année 1868) donne des renseignements très intéressants sur le syphon lui-même et sur les disposition qui furent prises pour mener â bien cette délicate opération.

La Pompe à feu de Chaillot, qui a disparu il y a quelques années seulement et sur l’emplacement de laquelle s’élèvent aujourd’hui de magnifiques maisons de rapport, avait sa prise d’eau en aval du pont de l’Alma.

Cet établissement remontait à 1782. MM. Perrier frères, habiles mécaniciens en furent les premiers propriétaires Il est ainsi décrit dans le Tableau historique et pittoresque de Paris :

« Un canal de sept pieds de large, construit sur le chemin de Versailles, introduisait d’abord l’eau de la Seine dans un bassin bâti en pierre de taille, et dans ce bassin était plongé le tuyau d’aspiration des pompes. Depuis, on a comblé le bassin et abandonné le canal qu’on a remplace par des tuyaux à embouchures recourbées qui se prolongent jusqu’au milieu de la rivière. La machine à feu, laquelle est de la plus grande proportion connues, placée dans un petit bâtiment carré, communique avec ces tuyaux et fait monter, en vingt-quatre heures, environ 400 000 pieds cubes d’eau, dans des réservoirs construits sur la  montagne de Chaillot, laquelle est élevée d’environ 110 pieds au-dessus du niveau de la Seine.

Le Tableau historique et pittoresque de Paris accompagne cette description d’une vue du petit bâtiment carré dont il vient d’être question, bâtiment «d’une forme très élégante et ombragé de peupliers et d’acacias. ».

Il va sans dire que d’importantes modifications avaient été apportées, depuis 1808, aux machines elles-mêmes et aux bâtiments de l’établissement par suite des progrès de la science et en vue des nouveaux besoins à assurer.

Les pompes de 1782avaient été remplacées en 1851, par deux jeux de pompes à simple effet et dans le système de Cornouailles, c’est à dire que la puissance de la vapeur n’agissait dans le cylindre que pendant l’aspiration. Le refoulement de l’eau s’opérait par des contre poids qui chargeait le piston des pompes. Le volume d’eau monté par chaque appareil variait avec la longueur de la course du piston. Il était au maximum et en marche normale de 19 000 mètres cubes par vingt-quatre heures pour chaque machine.

Deux ateliers subsistaient encore de nos jours à peu près tels qu’ils existaient au temps des frères Perrier ; mais les constructions avaient plus que doublé d’étendue. Ajoutons que le nom des frères Perrier a été donné à la rue ouverte sur une partie de l’emplacement occupé par la pompe à feu Chaillot.

(1) L’Illustration donna, à cette époque, une vue du pont en construction 

(2) Notice historique sur les Ponts de Paris, par M. Féline ROMANY, ingénieur en chef des ponts et chaussées, Paris, Dunod, 1864

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