le pont au change 3

1737-1792

       Le grand évènement qui intéresse le pont au Change au XVIIIe siècle est la disparition de ses maisons.

       Elle commença en 1737, par l’achat, au nom de la Ville de Paris, de trois maisons et de quelques échoppes en saillie, bâties sur pilotis, qui se trouvaient à l’extrémité du pont au Change, devant l’horloge du Palais (arrêt du conseil du 26 mars). Ces maisons et échoppes furent abattues « afin d’élargir le quai de l’horloge, qui se rétrécissait infiniment en cet endroit, et on y construisit un trottoir qui mit les gens de pied à l’abri des inconvénients que le passage fréquent des voitures occasionnait » (Inondations de la Seine p. 163)

       Le tableau historique et pittoresque de Paris rappelle, à cette occasion, que le quai des Morfondus était autrefois beaucoup plus étroit qu’il ne l’était en 1808, et que, vu la grande population de Paris et le mouvement continuel qui se faisait dans ce passage, il en résultait des embarras très incommodes, souvent dangereux pour les gens de pied «On y remédia, dit-il, en 1738 au moyeu de deux angles saillants que l’on pratiqua, l’un vis-à-vis de l’horloge, et l’autre, au Pont-Neuf, presque vis-à-vis la statue de Henri IV. Pour exécuter ces travaux, la Ville avait acheté les quatre dernières maisons du pont au Change et, les ayant fait abattre, elle put former, en cet endroit, une petite place où commence le trottoir en saillie qui régna le long du parapet jusqu’à l’extrémité.

       C’était un premier coup de pioche. Le second se fit attendre cinquante et un ans !

       Sans doute, il y eut des lettres patentes, datées du 22 avril 1769, qui ordonnèrent la démolition et la suppression des maisons construites sur le pont Notre-Dame et le pont au Change (art. 14). Puis, au mois de septembre 1786 un édit du roi reconnut de nouveau «la nécessité de démolir promptement les maisons du pont au Change et de faire disparaitre l’aspect difforme de toutes celles qui bordaient la rivière de l’un et de l’autre côté du quai de Gesvres et de la rue de la Pelleterie.» Mais, lettres patentes. et édit restèrent lettres mortes jusqu’en 1788, époque à laquelle Louis XVI, par son édit d’emprunt de 30 000 000 de francs, affecta la somme de 1 200 000 livres à l’acquisition et démolition des maisons dont le pont au Change était en grande partie couvert.

       Hubert Robert nous a laissé un curieux tableau représentant la démolition des maisons du pont au Change.

       Pendant la Révolution le pont au Change fut le premier témoin des dramatiques évènements qui se passèrent à la Conciergerie, soit que les victimes allassent à la lanterne sur la place de Grève, soit qu’elles se rendissent à l’échafaud sur la place de la Révolution.

       Le 8 février 1790, ce sont les frères Agasse allant au supplice, que Prieur a représentés dans un dessin bien connu. Ils avaient fabriqué de faux effets publics.

       Le 16 juillet, eut lieu, à 5 heures du soir, le transport du corps de Marat aux Cordeliers. Composé de la Convention tout entière, des autorités et des sections, d’une foule aussi bruyante que confuse, chantant sur des airs patriotiques des hymnes révolutionnaires, le cortège passa sur les ponts Neuf et au Change; puis, remontant vers l’Odéon il s’engouffra dans le jardin du couvent des Cordeliers, où eut lieu l’inhumation.

       Enfin, en 1792, les corps des malheureux prisonniers, massacrés au châtelet et à la Conciergerie furent entassés sur les trottoirs du pont au Change et du Pont-Neuf. «Parvenue au pont au Change, a écrit un témoin oculaire, nous remarquons de loin sur l’un des trottoirs à droite, un tas informe qui avait l’apparence d’un amas de bûches: mais en passant très vite, nous reconnûmes encore que c’étaient des malheureux égorgés dans la prison voisine et qu’on avait rangés là les uns sur les autres, en entendant le moment de les enlever.» Il y avait là plus de trois cents cadavres, a écrit Mercier.

1800-1815

        Les lettres patentes dont il vient d’être question, l’arrêt d’avril 1788 n’avaient pas seulement prévu la démolition des maisons construites sur le pont au Change. Ces documents qui avaient pour objet « l’utilité publique, la salubrité et l’embellissement de la capitale », dans cette partie de Paris, visaient, d’autre part, la formation d’un quai sur la rive gauche, entre le pont Notre-Dame et le pont au Change.

        La première pierre de ce quai fut posée de 24 messidor an VIII (13 Juillet 1800) – Moniteur du 25 messidor an VIII – et cette nouvelle voie publique reçut le nom du général Desaix, tué sur le champ de bataille de Marengo.

        Ajoutons que cette amélioration fut bientôt suivie d’une autre, qui en était du reste le complément rationnel. Un arrêté consulaire du 29 vendémiaire an XII (22 octobre 1803) ordonna que, sans délai, il «soit procédé aux travaux nécessaires pour l’ouverture d’un quai entre le pont Notre-Dame et celui de la Cité, sur la rive gauche de la Seine. »

        Commencés immédiatement par la démolition des mai- sons des rues Basse des Ursins et d’Enfer, qui régnaient le long de la rivière, suspendus quelque temps, les travaux furent continués en vertu d’un décret du 11 mars 1808 et enfin achevés en 1813.

        Le nom de Napoléon fut donné au nouveau quai.

        Certaines mesures édilitaires transformèrent complètement l’aspect et la vie de ce coin de Paris. Le marché aux fleurs, qui se tient encore là de nos jours, fut inauguré le 16 août 1809. Puis, disparurent les dernières échoppes adossées au Palais de Justice, les étalages des bouquinistes, les marchands de bric à brac et de tableaux, dont la présence quotidienne donnait au pont au Change la physionomie d’un grand bazar, ainsi que nous le montre un très Joli croquis de Marlet.

       Mais les types excentriques, les charlatans, les musiciens et les mendiants continuèrent à alimenter sur le pont au Change, comme sur le Pont-Neuf, la badauderie parisienne. 

       A cette même époque de la Restauration se rattache l’anecdote suivante racontée par Fournel dans les Rues du vieux Paris (p. 625)

       «Dans l’une des dernières années de la Restauration, dit-il on vit arriver sur le pont au Change, par une froide matinée d’hiver, un homme couvert d’un manteau bleu, qui descendait seulement jusqu’à la ceinture. Il était suivi de deux individus portant chacun une marmite énorme, dont le couvercle soulevé laissa échapper une fumée odorante. A ce spectacle appétissant, les mendiants, qui ne manquaient jamais sur la place du Châtelet et ses alentours, se rapprochèrent vivement : l’homme au petit manteau bleu distribua une excellente soupe, puis il leur annonça qu’il recommencerait le lendemain et les jours suivants pendant toute la mauvaise saison et qu’en outre il donnerait des vêtements et du bois à tous ceux qui en auraient besoin.»

       «Le philanthrope venait présider lui-même à la distribution: il faisait ranger ses clients, les comptait, prenait le bouillon d’honneur avec une cuiller d’argent et ne s’en allait que lorsque la dernière bouchée était avalée par le dernier pauvre.

       «Le vrai nom de ce rival populaire des Montyon et des Rumford était Edme Champion. Né dans une condition très humble, tout d’abord apprenti chez un bijoutier du Palais Royal, qui lui laissa son fonds, il se retira avec une fortune de 20.000 francs de rentes.» 

1859-1860

        Le percement du boulevard Sébastopol à travers la Seine et la Cité fut la cause d’un remaniement complet des ponts au change et Saint Michel, remaniement qui nécessita des travaux considérables, que nous décrits, avec force détails, dans toutes les revues et les journaux de l’époque.

        «Les moyens les plus énergiques, dit l’illustration (qui accompagne son texte d’une vue très intéressante des travaux), sont mis en œuvre pour arracher du lit de la rivière les dernières assises des fondations romaines : plongeurs habiles, ouvriers nombreux, puissantes machines à draguer, roue hydraulique destinée à assécher toute une partie du fleuve, batardeaux, explosions de mines, rien n’est oublié de ce qui peut aider à triompher des difficultés qu’offre le désenrochement de constructions aussi anciennes et dans lesquelles le ciment et la pierre ne forment plus qu’une seule et même masse.»

        Cette démolition dura d’août 1858 à novembre 1859, c’est-à-dire plus de temps que celui consacré à la construction du nouveau pont. De pareils sondages dans le fleuve furent des occasions exceptionnelles pour en exhumer des objets de toute nature forte intéressante pour l’histoire parisienne.

        M. Grésy dans les Mémoires d »un antiquaire de France, et M Forgeais, dans un ouvrage édité chez Aubry en 1862, ont publié des notices sur les plombs mereaux et enseignes trouvés pendant les travaux de construction du pont au Change.

      Ces plombs ou mereaux datent presque tous des XVe et XVIe siècles. Ils intéressent les corporations des apothicaires, des bourreliers, des brasseurs, des ceinturonniers, des chandeliers, des charpentiers, des chaussetiers, des fruitiers, des vendeurs de grains, des hôteliers, des imprimeurs libraires, des maréchaux-ferrants, des pâtissier oublieurs, des marchands de poisson de mer, des potiers d’étain, des serruriers, des tailleurs de robes (collection  Forgeain).

        M. Grésy a signalé à l’attention des amateurs un plomb qui lui a semble être la médaille dont il est fait mention dans l’article 52 de l’acte d’accusation de Jeanne d’Arc: «Il est allégué que beaucoup l’adorent comme sainte… et aussi portent sur eux ces représentations en plomb et autre métal, ainsi qu’il est accoutumé de le faire pour les mémoires et représentations des saints canonisés par l »Eglise.»

        D’un côté, dit-il, la médaille porte une épée haute surmontée de la couronne de France et accostée de deux fleurs de lis, qui sont effectivement les armes de la Pucelle. Au revers, est représenté le Père Eternel, trônant sur un siège antique, à bras ornementés et élevant les mains en signe de majesté. Or cette figure me rappelle l’image que l’héroïne avait adoptée, sur sa bannière conformément à la description qu’en a donnée Eberhard Vandecken trésorier de l’empereur Sigismond. Dans l’un de ses interrogatoires, la Pucelle elle-même nous confirme que son étendard représentait «le maître de l’univers assis dans le ciel et tenant le globe du monde»

        Enfin, des soldats de plomb portant l’uniforme du temps de la Ligue, ont été trouvés dans la Seine, près des ponts au Change et Saint-Michel Il convient de rappeler que la foire aux étrennes, qui existait déjà au moyen âge, se tint tout d’abord sur le pont Saint-Michel et que, plus tard, on l’étendit au pont au Change.

        Le pont au Change actuel, dont la construction a été ordonnée par un décret du 15 août 1858, a été livré à la circulation le 15 août 1860. Le pont proprement dit a coûté 1.272.831 fr 38

       «Il se compose de trois arches de forme elliptique de 31 m 60 d’ouverture, qui ont leur naissance à 1 m 50 au-dessus de l’étiage et dont les hauteurs d’intrados à la clef varient entre 9 m 50 et 9 m. 10 au-dessus de ce niveau. Ces trois arches reposent sur deux Piles de 4 mètres de largeur et sur deux culées reliées avec les anciens murs de quai. L’épaisseur des voûtes est de 1 mètre à la clef et de 1 m. 50 aux naissances. Elles sont construites en maçonnerie de moellons piqués provenant de la retaille des pierres de l’ancien pont. Les bardeaux des têtes sont en pierre de Château-Landon, ainsi que les avant et arrière-becs des piles, les tympans, en moellons piqués provenant des mêmes carrières.

        «L’ornementation de ces tympans est exactement la même que celle du pont Saint Michel et consiste en une N entourée d’une couronne de lauriers. 

        «La corniche et les parapets qui couronnent les têtes sont exactement les mêmes pour ces deux ponts. La distance entre les têtes est de 31 mètre et celle entre les parapets de 30 mètres partagés entre une chaussée empierrée de 18 mètres de largeur et deux trottoirs en granit de 12 mètres de largeur ensemble» (Notice historique sur les ponts de Paris, par Féline ROMANY)

         Les travaux ont été confiés, par voie d’adjudication, à M Garnuchot. Ils ont été surveillés par MM. de la Galisserie, ingénieur, et Vaudrey, inspecteur. ( M. VAUDREY a publié (dans les Annales des ponts et chaussées, 1er semestre de 1862, p.259) une notice fort intéressante sur la démolition des fondations de l’ancien pont.

        La reconstitution du pont au Change a entrainé le remaniement des quatre quais adjacents ; de Gèvres, Desaix, de l’Horloge, de la Mégisserie.

Vous trouverez des photos du ponts au Change sur ce lien 

http://www.parisrues.com/rues01/paris-avant-01-pont-au-change.html

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