Le pont au double

LE PONT AU DOUBLE

 

        Malgré l’ouverture de la maison de la Santé au faubourg Saint-Marcel et l création de l’hôpital Saint-Louis (1906), l’Hôtel-Dieu était toujours très encombré. Les administrateurs revinrent alors au projet consigné dans les lettres patentes de 1515, de faire construire, sur la Seine, un pont destiné à supporter la salle des malades.

        «L’autorisation donnée par le Roi et ratifié en 1626, par le corps de la Ville, permit à Gamart de construire le pont au Double, sur lequel fut élevé le bâtiment du Rosaire.      (Etude sur les Hôpitaux, Husson, page500)

        Ce pont commençait au coin du jardin de l’archevêché et conduisait à la rue de la Bûcherie, dont trois maisons avaient été achetées en vue de sa construction.

        «Il était composé de deux arches en plein cintre, de 15m96 et de 11m78 de largeur, séparées par une pile de 3m95 d’épaisseur. » (Notice sur les Ponts de Paris, par Féline Romany.)

        A la sollicitation des habitants des quartiers environnants un passage public(le tiers de la largeur du pont environ) fut ménagé.

        Des lettres patentes de 1634 fixèrent le péage à raison d’un double tournoi pour les hommes à cheval. C’est de là que lui vient le nom de pont au Double(1).

        Husson ajoute :

        «La perception du droit accordé par Louis XIII et confirmé par ses successeurs a été, pour l’Hôtel-Dieu, la source d’un revenue considérable. De 1744 à 1764, nous constatons que la recette du droit de passage sur le pont au Double a été de 254.333 livres. Pendant ces vingt années, il y est passé, en moyenne, 2 825 individus par jour. Malgré la clause des lettres patentes concernant les cavaliers, le passage fût exclusivement réservé aux piétons. »

        Le bâtiment du Rosaire était à deux étages. Sur le portail on lisait l’inscription suivante :

        «Ludovici XIII, Franciae et Navare Regis auspiciis, post restitutus et fundamentis novisque et amplissimis oedificiis audac oedes Nausoconiis, et ex vetustate collabantis, pontem hunc quadrata lapide urbis ornamento, cunctis civibus usui, oegrorum commodo; in flumine extrui curarunt, rei agrorum pauperum curatores, anno Domini 1636.»

        L’existence du pont au Double, pendant les longues années où il a été affecté& au service des malades, est, on le conçoit, peu intéressante. Nous rappellerons cependant que, le 4 juin 1634, pendant une procession, les barrières et les appuis se rompirent sous le poids d’une foule considérable, et que, dans la panique qui en résulta, soixante personnes furent étouffées ou noyées.

Disons encore qu’au nombre des cabarets célèbres au XVIIe siècle, se trouvait «  le Gallion » du pont au Double. Ce cabaret est cité par M. de la Fizelière (p.63 dans ses Cabarets du XVIIe siècle).

 

        Le pont au Double tomba le dernier jour de l’année 1799. Il fut rebâti en 1717 avec ses bâtiments.

        Des critiques très sérieuses se firent jour, au XVIIIe siècle, contre les habitations des ponts, au Double point de vue de la salubrité et de la beauté de la ville. On les trouve formulées dans de nombreux mémoires du temps et nous citerons tout particulièrement, comme intéressant les bâtiments du pont au Double, celles qui furent faites par Deparcieux à propos des ponts jetés sur le petit bras de la Seine (Mémoires à l’académie des sciences, années 1764).

        «L’autre obstacle, dit-il, qu’on pouvait se dispenser d’opposer au libre passage de l’eau est sur l’autre bras de la rivière et joint par conséquent son effet au précédent. L’Hôtel-Dieu obtint en 1625, la permission de bâtir un pont sur le petit bras de la Seine, qui coule le long de ses murs, pour bâtir dessus une salle pour les malades ; ce pont, qu’on nomme le pont au Double, fut fait de trois arches et aurait livré à l’eau autant de passage, et même plus que le Petit6Pont, qui est au-dessous, si l’on n’eût pas construit en même temps et partie sur le lit de la rivière, le bâtiment qui est le long de la rue de la Bûcherie, embrassant une arche et une pile de ce nouveau pont, de la même manière que le fait le quai de Grèves pour le pont Notre-Dame, si ce n’est que le passage de l’eau qui était bien moins libre ici, étant obligée de sortir par deux petites ouvertures qu’on pratiqua sur la face du bâtiment, n’ayant point d’issue au bout, où est le Petit-Chatelet ; et, pour rendre cette arche tout à fait inutile au passage de l’eau, on l’a murée du côté d’amont, et fait un bâtardeau par devant, rempli de terre de douze à quinze pieds de hauteur ou davantage ; et enfin, pour surcroît d’obstacle, on a encore bâti un autre pont dans l’enceinte du dit Hôtel-Dieu, qui n’a que deux arches encore moindres que celles du pont au Double.

        «Voilà, donc pour le moins, une diminution du tiers de la valeur des deux bras de la Seine, au lie d’avoir fait le contraire, ce qui est la principale cause de cet énorme regonflement de la Grève, à la place Maubert et au-dessus……. »

        Ces plaintes furent écoutées. Des lettres patentes du 22 avril 1769, concernant un plan d’ensemble pour les embellissements de Paris, décidèrent que …… « la salle de l’Hôtel-Dieu, construite sur le pont au Double, sera démolie et supprimée, tant pour faciliter la circulation de l’air dans cette partie de notre ville, où il est surtout nécessaire, que pour laisser libre la vue de la rivière, sauf à l’Hôtel-Dieu à étendre ses bâtiments dans la rue de la Bûcherie du côté de la rivière jusqu’à l’abreuvoir de la place Maubert, conformément à l’acte passé entre les Prévots des Marchands et Echevins de notre ville de Paris et les administrateurs de l’Hôtel-Dieu, le 1er juillet 1738. »

        Les bâtiments du Rosaire ne furent démolis qu’en 1835.

        En 1847, le pont au Double fut lui-même abattu et reconstruit avec une seule arche (2).

        Sa reconstruction donna lieu à un essai ayant pour objet le remplacement du mortier ordinaire par le ciment de Vassy et de la pierre par de la meulière, procédé qui devait avoir l’avantage «  de construire des ponts qui n’éprouveraient au décintrement qu’un tassement insensible et dans lesquels on aurait alors une répartition moins inégale des pressions qui permettrait de réduire sans danger la flèche et l’épaisseur à la clef.

        «Une expérience, ajoute M. Féline Romany, fut faite préalablement à Vassy, dans l’usine de MM. Gabriel et Garnier. Une arche d’essai de 1m50 de largeur, ayant exactement en élévation la forme et les dimensions que l’on se proposait de donner au nouveau pont au Double, fut soumise, par une commission nommée par le Ministre des Travaux publics, à des épreuves qui ne laissèrent aucun doute sur sa parfaite résistance.

        «En conséquence, les ingénieurs n’hésitèrent plus à proposer l’adoption de ce système de construction et rédigèrent un projet dont la dépense s’élevait à 345 000 francs et qui fut approuvé le 26 janvier 1847 »

        Cette reconstruction du pont au Double en une seule arche, nécessitée par les besoins de la navigation, était, d’autre part, l’une des parties d’un projet ayant pour but la canalisation de la Seine. Nous lisons, en effet, dans le Moniteur Universel, à la date du 20 décembre 1853, ce qui suit :

        «La campagne qui vient de s’écouler a vu s’exécuter sur la Seine des travaux d’une grande importance…….

        «La pente rapide que la Seine présente le long de la Cité formait pour la navigation une véritable lacune. Dans le petit bras, les arches étroites du pont au Double et du Petit Pont et le peu de profondeur du lit du fleuve présentaient aux bateaux des obstacles infranchissables. Le passage dans le grand bras n’avait lieu que par un pertuis complètement inaccessible à la remonte et tellement difficile à la descente qu’un grand nombre de trains et de bateaux venaient  s’y briser chaque année. Pour faire cesser un pareil état de choses, il avait été reconnu indispensable de canaliser le petit bras de la Seine au moyen d’une écluse et d’un barrage mobile, établi en face de la Monnaie. Ce travail a été entrepris au mois de mai 1850 – terminé en 1853 -. Les bateaux pourront emprunter cette voie aussitôt que les piles du petit pont de l’Hôtel-Dieu auront été enlevées. »

        Le pont au Double fut de nouveau reconstruit en 1882.C’est celui que nous voyons aujourd’hui.

        Dans les fouilles qui furent pratiquées en vue de cette reconstruction, on découvrit une tête colorié et des fragments de statues qui furent déposées au musée Carnavalet.

        Mention de ces découvertes est faites dans le Bulletin de la Société de l’Histoire de Paris (7e année, 4e livraison – 1880 – p123) et dans une notice insérée dans les Mémoires de la société des Antiquaires, sous la signature de M. Grésy :

        «On a rencontré, dit ce dernier, près du petit pont de l’Hôtel-Dieu (pont au Double), des haches et des flèches celtiques, d’une matière fort belle et d’un poli remarquablement fin. Parmi les armes et les statuettes romaines, la trouvaille la plus curieuse est un hercule en bronze. . . . . . . Le héros, traité dans un assez beau style, tient à la main la dépouille du lion de Némée ; les deux anneaux qui sont au-dessous du socle devaient servir à le fixer à la muraille ou pourraient faire supposer qu’il a été attaché au sommet de la hampe d’un étendard . . . . . . . . . . . . .

        «A côté d’agrafes mérovingiennes gisaient des pommeaux d’épée de la renaissance, ciselés et damasquinés en argent avec un art admirable. On a recueilli des triens  d’or mérovingiens, des anneaux cabalistiques, des bagues à devise du moyen-âge et quantité de matrices de sceaux. . . . .

        «Ce qui dépasse l’imagination, c’est la quantité prodigieuse de petits monuments en plomb qui ont été immédiatement recueillis par les laveurs de sable à la sébile . . . . . . . . M. Forgeais a eu le bonheur d’en réunir près de 4 000variétés appartenant la plupart aux XIVe, XVe et XVIe siècles. » (Notice sur quelques enseignes et médailles trouvées à Paris, dans la Seine, par M. Grésy, membre de l’Institut, p.1 et 2.)

 Retour

Be Sociable, Share!
  • Twitter
  • Facebook
  • email
Ce contenu a été publié dans Histoire. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *