Le pont Royal 1

 

LE PONT DE PASSY

 

                   C’est un pont charretier, large d’environ 25 mètres, qui supporte, dans sa partie centrale, un tablier plus étroit, où passent les deux voies du Métropolitain.

LE PONT ROYAL

(Ier  partie)

 

Le Bac

Lettres patentes du roi Henri II pour l’établissement d’un bac sur la Seine.

(9 septembre 1550)

         Henry, par la grâce de Dieu, Roy de France, au Prévost de Paris ou ses lieutenants, salut. Comme pour décorer, embellyr et augmenter nostre bonne ville de Paris, capitale de nostre Royaulme,, nous ayons advisé et ordonné faire joindre et enclore en icelle a murailles et fossez les faulx-bourgs de nostre dicte Université, aligner et dresser les rues, icelles paver et accommoder selon les pourtraict et devis qui en a esté faict, au plus près de nostre entencion, et d’autant que, pour faire l’exécution et accomplissement de ceste entreprinse, il est besoing faire une grande grosse despence à laquelle il seroit bien difficile à ceulx de ladicte ville de povoir satisfaire et fournir sans estre de nous aydez et secouruz, ce que nous voullons bien faire pour le singulier désir que nous avons de veoir mettre la main à l’oeuvre et poursuivre ladicte entreprinse.

         A cest cause et que nous avons advisé que le moyen le plus commode, facille et aisé pour nous, quant audict ayde et subvention à icelle despense pour ce commencement, est de eriger et establir, en tel lieu, et endroict de ladicte ville que l’on verra estre plus à propos, un bacq pour ung passage commung sur la rivière Seyne, avec le devoir acoustumé d’estre payé aux austres bacqs, estre proclamé et baillé à ferme au plus offrant et après, selon cela, vendre et aliéner par lesdictz Prévost des marchans et Eschevins, et les deniers qui en proviendront convertiz et employez aux ouvrages de l’entreprinse dessus dicte.

         Pour ce est-il que nous vous mandons et commectons par ces présentes que, appellez nostre Procureur, lesdictz Prévost des marchans et Eschevins et autres que verrez estre besoing, vous voyez et visitez bien exactement le lieu et endroit de nostred, ville plus commode et à propos à asseoir ledict bacq commung sur ladicte rivière, moyennant le devoir accoustumé d’estre payé aux autres bacqs et passages d’icelle rivière, tant pour chacune personne que pour bestes, chariots, charettes et marchandises au payement duquel devoir de passager d’icelluy nouveau bacq, vous contraindrez et ferez contraindre les passans, repassans et autres qu’il appartiendra et qui pour ce seront à contraindre par toutes voyeset manieres deues et en tel cas requises et accoustumées, en promectant ausdictz Prévost des marchans et Eschevins et auxquelz par cesdictes présentes nous avons permis et permectons faire cryer et proclamer bailler et délivrer à ferme icelluy bacq et droit de passage au plus offrant et dernier enchérisseur à l’estraincte de la chandelle comme ilz ont accoustumé faire les autres fermes d’icelle ville et que lesd. proclamation, bail et délivrance faictz de lad.nouvelle ferme dud. bacq ils la puissent vendre et alièner ou autrement en faire disposer ainsi qu’ilz verront estre à faire pour le myeulx, pour les deniers qui en proviendront et ystront estre convertiz et employez à partir de la despence qu’il faut faire comme dit est pour les ouvrages de la closture desd. faulxbourgs et autres dépendans de l’entreprinse dessusd. dont celuy ou ceulx qui en feront la recepte et despense rendront compte comme des autres deniers d’icelle ville promettant par ces presentes signées de nostre main avoir agréable tout ce que vous led. Prévost des marchans et Eschevins verra estre faict quant à l’exécution et establissement dudict bacq et les bail à ferme, vente et alienation d’iceluy, et sur ce en faire expédier si besoing est noz lettres d’approbation, ratiffication et autres necessaires selon et ainsi que nous en serons requis.

          Car tel est notre plaisir.

          Et ausd.Prévost des marchans et Eschevins avons donné et donnons plain povoir et auctorité, commission et mandement spécial, mandons et commandons à tous noz justiciers, officiers et subjectz, que à vous et à eulx en ce faisant soit obey.

          Donné à Saint Germain en Laye, le neuvième jour de septembre l’an de gräce mil cinq cent cinquante et de nostre règne le quatriesme.

            (Archives nationales)        Signé: Henry.

 

Le pont Rouge         

          En 1632, époque à laquelle le Bureau de la ville décida la substitution d’un pont de bois au bac de Henri II, les palais du Louvre et des Tuileries étaient en grande partie construits; le faubourg Saint Germain comptait un grand nombre d’établissements hospitaliers et religieux, d’hôtels privés et de maisons particulières. Cette mesure édilitaire s’imposait donc à tous les points de vue et son éxécution était même devenue urgente. On sait du reste qu’au commencement du XVII) siècle l’accroissement extraordinaire de Paris nécessita la construction de plusieurs ponts. Ainsi, en 1635, on termina le pont Marie; le pont de la tournelle, d’abord bâti en bois, fut refait en pierre en 1656; en 1634 on établissait le pont au Double.

          Voici la copie de la « Vacation du bureau de la ville pour donner l’alignement de la construction du pont de bois traversant la rivière, depuis le faubourg Saint Germain jusque vis à vis des Tuileries (13 février 1632) ».

          De par les Prévost des marchans et Eschevins de la ville de Paris. Il est ordonné au maistre des oeuvres de maçonnerie et charpenterie de la ville, et aux maistres des ponts d’icelle, d’eux trouver vendredy prochain en attendant deux heures précises en l’hostel de la ville, pour, avec nous, aller donner l’allignement pour la construction d’un pont de bois sur la rivière, traversant depuis le faulxbourg Saint Germain jusques viz à viz ou ès environs des Thuilleries. Faict au bureau de la ville le mercredy unziesme jour febvrier mil six cent trente deulx.

          L’an mil six cens trente deulx, le vendredy treiziesme jour de febvrier de relevée, nous, Christophe Saugui, seigneur de livry, conseiller du Roy, nostre sire, en ses conseils d’estat et privé, président de sa court de Parlement, en la cinquiesme chambre des enquestes d’icelle,Prévost des marchans, Jehan Pepin, Claude Lestourneau, Philippe le Gaigneulz et Nicolas de Poix, Eschevins de la ville de Paris, pour l’exécution de nostre ordonnance du mercredy unziesme de ce moys, estant  au bas de la resqueste à nous présenter par m) Pierre Pidou, entrepreneur de la construction d’un pont de bois sur la rivière traversant depuis le faulxbourg Sainct Germain jusque viz à viz et un peu au dessoulz du gros pavillon de la gallerie du Louvre, et en conséquence de l’allignement cy-devant donné par noz prédécesseurs pour la dicte construction de pont, nous sommes, avec M) Gabdu Roy et de la ville, avons permis et permettons riel Payen, procureur du Roy et de la Ville, et Guillaume Clément, greffier d’icelle, assistez de Augustin Guillain et Simon de Baillou, maistre des œuvres de maçonnerie et charpenterie de la dicte ville, de Nicolas Bourguillot et Nicolas Ramet, maistres d’icelle, transpotez sur le bord de la rivière esdictz faulxbourgs S. Germain proche et au dessoulz de la Thuillerie, où estans y aurions trouvé ledict Pidou, qui nous a remontré que, cy devant et dès le cinquiesme jour de septembre mil six cens vint-cinq, noz prédécesseurs baillèrent l’allignement pour bastir un pont de bois sur la rivière depuis que la rue descendant de la charité pour venir respondre, dans la ville à l’endroit de la gallerie du Louvre, viz à viz le balcon.

          Mais, par le traicté nouveau qu’il a faict avec le Roy, il est obligé de faire planter dedict pont d’un droict allignement, depuis le lieu proche et au dessoulz de la Thuillerie, pour traverser ladicte rivière, jusques à viz à viz la six ou septiesme croisée de ladicte gallerie du Louvre, requérant qu’il nous pleust luy donner l’allignement pour faire ledict pont audict lieu cy dessus, laissant la place au dessoulz pour faire un pont de pierres, à l’opposite de la rue qui sépare ledict gros pavillon et les Thuilleries, lors et quand il plaira à sadicte Majesté. Ce que nous luy aurions accordé et de faict aurions au mesme instant enjoinct ausdictz Mes des œuvres et des ponts de voir et de visiter ladicte rivière à l’endroict où ledict Pidou entend faire faire ledict pont, et, y estant faict, il n’empeschera non plus à la navigation que celuy que l’on voulloit faire respondant dans la ville, et dont noz prédécesseurs avoient baillé l’allignement dès le cinquiesme septembre mil six cens vingt cinq.

          Lesquels Mes des ponts ont dict que, au lieu où l’on veut à présent planter ledict pont, il incommodera moings la navigation que s’il eust esté faict plus haut, respondant dans la ville, parce qu’il sera plus éloigné du Pont Neuf et oultre qu’il sera tiré d’une droicte ligne.

          Ce faict, lesdictz Mes des oeuvres et des ponts ont, en nos dictes présences et des dicts procureurs du Roy et greffier de la ville, veu et visité ladicte rivière et exactement considéré le cours d’icelle, et nous ont à l’instant dict et rapporté et tel est leur advis, que ledict pont de bois se peut commodément planter et poser sur ladicte rivière, scavoir du costé dudict faulxbourg Saint Germain, viz à viz le pré aux clercs, à l’endroict dedeux picotz fichez dans la terre sur le bord de la rivière et proche et au dessoulz de la dicte Thuillerie, et, dudict endroit, traverser ladicte rivière de droicte ligne, sans ply ny coulde, jusques au bord d’icelle entre la Porte Neufve et ledit gros Pavillon de ladicte gallerie du Louvre, dont le milieu d’iceluy pont sera assis à l’opposite de la sixiesme croisée de ladicte gallerie, à commencer, la première à celle attenante ledict Pavillon, et continuer vers la Porte Neufve; en quoy faisant, le chemin de la navigation ne sera empesché pourveu que, lorsque l’on plantera les paslées des pieulx, lesdicitz  Mes des ponts et quelques marchands voituriers y seroient appellez pour reigler et désigner les haulteurs et largeurs des grandes arches qu’il conviendra laisser, tant d’un costé que d’autre de la rivière, pour servir à ladicte navigation et aux passage des basteaux montans ou avallans.

           Après lequel rapport et sur ce ouy ledict procureur du Roy et de la ville, avons permis et permettons audict sieur Pidon de faire faire ladicte construction du pont, suivant la volonté et intention de Sa Majesté, et le faire poser sur la rivière aux lieux et endroicts déclarez au présent allignement et charges et conditions y déclarées.

           Faict les ans et jour que dessus, et ont, lesdictz Paien, Guillain, Ramet et Bourguillot, signéen la minutte des présentes avec mesdictz siens de la ville. (Archives nationales Le Faubourg Saint Martin)

          On a remarqué que, dans cette pièce, il est question d’un acte en vertu duquel les concessionnaires du nouveau pont devaient observer l’alignement fixé par le bureau de la ville, en laissant la place au dessoulx pour faire un pont de pierres. Un pont de bois en cet endroit de la Seine était donc considéré, même dès 1632, comme un moyen de communication provisoire: la Ville avait l’intention de lui substituer, à un moment donné, un pont d’accès plus facile, répondant mieux aux besoins des deux rives. La construction d’un pont en pierre ne commença néanmoins que cinquante-trois ans après (1685).

           Par un acte du 20 juillet 1632, on décida de placer, sur l’une des arches du pont des Tuileries, une pompe hydraulique semblable à celle qui existait déjà sur les ponts Neuf et Nostre Dame.

           Le pont n’aboutissait pas vis à vis la rue du Bac, comme aujourd’hui le pont Royal; il faisait face à la rue de Beaune.

                    Il figure sur les plans de Paris sous la dénomination de pont des thuilleries, de pont Rouge et sous différents aspects:

                        1630. Plan de Melchior Tavernier. – Avec deux guichets aux extrémités. La pompe hydraulique , en aval, entre la quatrième et la cinquième arche. Deux croix de bois sur le parapet en amont, l’une sur la cinquième arche, du côté du faubourg Saint-Germain;

                        1649 – 1652. Plan de Jean Boisseau. – Le pont est représenté sans guichets et sans pompe;

                        1652. Plan de Gomboust. – Avec deux guichets aux extrémités et la pompe entre la sixième et la septième arche;

                        1654. Atre Plan de Jean Boisseau. – Avec deux guichets aux extrémités et la pompe entre la quatrième et la cinquième arche (comme sur le plan de Tavernier).

                    Les plans de Jouvin de Rochefort (1672-1676) et Bullet et Blondel (1670-1676) n’indiquent que l’emplacement du pont de bois.

                    Dans une communication faite à la société de l’Histoire de Paris (Bulletin, 2° livraison, mars avril 1889), M. Edgard Mareuse a signalé que, sur un autre plan de Jouvin de Rochefort existant à la Bibliothèque du Luxembourg et dont la date lui a paru être de 1670 ou 1671, le pont rouge semble fermé de deux grilles.

                    Ajoutons enfin qu’Israël Silvestre nous a transmis une « Veue de la galerie du Louvre et du pont des Tuilleries, comme il estoit en l’année 1657 », vue qui nous donne une idée exacte de la construction de ce pont de bois et de son peu de solidité.

                     Vingt-sept ans après, pendant la débâcle de 1684, le pont Rouge partait pour saint Cloud, suivant l’expression assez originale de Mme de Sévigné.

                     En 1649, « la grande victoire navale obtenue contre l’armée Turquesque en Asie » donna lieu à Paris à des « magnificences et feux de joie qui furent faits le 28 juillet par l’illustrissime et exellentissime Mgr l’Ambassadeur de la Sérénissime République de Venise auprès de Sa Majesté très chrétienne ».

                     La fête sur l’eau se passa près du pont des tuileries, à la tête duquel, dit la narration, était élevé un trophée, « ouvrage de l’invention du sieur de la Fage François et vertueux, des plus considérables de ce temps et de ce royaume.

                     « Le Lyon aislé (qui compose les armes et la Sérénissime République de Venise et qui représente son protecteur S. Marc, qui est eslevé sur un pied d’estal), pressant les armes et les enseignes renversées du turc, et foulant aux pieds un turban avec la lune fait icy la représentation de la bataille remportée. » Et l’auteur de la naration, après avoir décrit minutieusement tous les détails de ce bel artifice, « nous montre toute la Ville de Paris assemblé en ce lieu, les rives de la Seine ornées et cuvertes de toutes parts, faisant comme un amphithéâtre à la veue de ce spectacle étincelant ».

Suite…..

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