Le pont Saint Louis

LE PONT SAINT LOUIS

 

            Au commencement du XVIIe siècle, des constructions assez importantes commençant à s’élever dans l’île Saint Louis (I), il devint nécessaire de mettre cette île en communication, d’une part, avec la Cité, et, d’autre part, avec les deux rives opposées de la Seine. C’est de cette époque que datent les ponts Marie et de la Tournelle.

        Il existait un troisième pont qui traversait obligatoirement la rivière; il aboutissait à la pointe de l’île Saint Louis. Ce troisième pont figure, pour la première fois, sur le plan de Melchior Tavernier (1630), sous le nom de pont de bois. Dans les œuvres de Pernelle, il porte le nom de pont Saint Landry, à cause sans doute de la proximité du port de ce nom.

        Le port Saint Landry était, au moyen âge, un des plus grands centres d’approvisionnements de Paris, le commerce extérieur de la capitale (importation et exportation) se faisant par la corporation de la Hanse Parisienne, c’est à dire uniquement par eau. La Hanse Parisienne, comme les Nautae Tiberisn à Rome, se chargeais du transport des blés et des autres denrées; des barques descendaient jusqu’à la mer. C’est dans cette corporation qu’il faut chercher l’origine du corps municipal chargé de la police de la navigation et des marchandises par eau.

        La construction du pont de bois dont il vient d’être question fut confiée à l’entrepreneur Marie, déjà adjudicataire de travaux dans l’île. Le chapitre de Notre Dame si opposa tout d’abord et, malgré plusieurs arrêts du conseil, l’opposition du chapitre empêcha la construction du pont. Marie se désista un instant en faveur du sieur La Grange, puis reprit le contrat en 1627.

        L’opposition du chapitre ne fut vaincue que le jour (1642) où le roi promit de donner au dit chapitre 50 000 £ pour la largeur de 30 pieds du quai du port  Saint Landry. Marie et ses associés purent alors procéder à la culée et au passage du pont de bois, sous la réserve encore qu’il serait fait sur ce pont ni maisons, ni boutiques et qu’on n’exigerait rien des dits chanoines, ni de leurs domestiques.

Où la Seine étonnée, arrosant son onde

Une ville superbe, en merveille féconde,

Etend deux vaste bras, et par un long détour

Dans ces lieux enchantés prolonge son séjour,

S’élève d’un pont formé d’une antique structure

Dans son industrieuse et rare architecture

Qui semble commander à l’humide élément.

L’art n’employa jamais la chaux, ni le ciment.

Les arbres les plus hauts de cent forêts voisines

Furent d’un fer tranchant coupez jusqu’aux racines;

Mille forts pilotis dans la semelle enfoncez,

Brave l’onde écumante et les vents courroucés.

                                                                        (La chute du pont de bois, poème en deux chants,

                                                                                par Mr Le Br. Paris 1710)

            Le 5 juin 1634, trois processions voulurent passer ensemble sur le pont de bois pour se rendre à Notre Dame. Le poids énorme qui en résulta faillit rompre ce pont, déjà peu solide. Vingt personne, dit-on, perdirent la vie dans cette occasion et quarante furent blessées. C’est probablement le souvenir de cet accident qui conduisit le Parlement à ordonner, deux ans plus tard, à l’occasion du jubilé, la pose de barrières aux entrées du pont de bois.

            Le pont de bois n’était accessible qu’aux piétons. Le droit de péage était fixé à un liard.

Un arrêt du 28 avril 1667 accorda la jouissance du droit de péage et de passage sur ce pont, pendant treize années entières et consécutives, « aux entrepreneurs, alors charges du rétablissement du pont Marie, à la déduction des réparations à faire au pont de bois, pour le remettre en bon état, auxquelles les dits entrepreneurs seraient tenus de travailler incessamment suivant l’estimation qui en serait faite, en présence des sieurs de Paris et de Beauchamps, trésoriers de France, commissaires à ce députés… »

            Deux ans après un autre arrêté du 1 er avril 1669 rapportait l’arrêté d’avril 1667, ordonnait « que le péage du dit pont de bois qui conduit de l’isle au cloître Notre Dame demeura dorénavant uni au domaine royal… »; mais ce même arrêté accordait aux entrepreneurs du pont Marie une somme de 14 000£, « à la charge par les dits entrepreneurs de faire et parfaire dans deux ans les réparations qui sont à faire au dit pont de bois… »

            Fortement endommagé par les inondations en 1799, le pont de bois fut abattu en 1710.

1717

Le Pont Rouge

              « En l’année 1717, il s’est présenté un entrepreneur qui a commencé l’ouvrage de ce pont, à condition qu’on lui céderait les passages pendant quinze ans, à un liard par personne, sans distinction, pour le dédommager des frais qu’il a été obligé d’avancer, qui pouvaient aller à une grande dépense, à cause de la quantité de grand qu’il a été nécessaire d’emploier, pour cette construction bizarre et ridicule, qui fait honte à la Ville de Paris où tout devrait paraître solide et magnifique…. et proportionné à la beauté et à la majesté que doit avoir la capitale du plus beau et du plus florissant royaume du monde. Ce pont a été achevé quelques temps après et procure de la commodité aux personnes à pied, à cheval et en chaise, qui sont obligées de prendre cette route pour aller en divers endroits où elle conduit facilement, et pour éviter des embarras qui causent souvent beaucoup de peines. »(G. Brice)

            Il est exact, en effet, que l’aspect du nouveau pont était assez misérable. Il y avait toutefois progrès; il n’était pas couvert de maisons. On lui donna le nom de pont Rouge, à cause de la peinture au minium dont il était revêtu et qui, croyait-on, était de nature à préserver le bois.

            Les inondations de 1740 ont laissé dans l’histoire de Paris de pénibles souvenirs.

            « La Seine, nous dit Bonamy, commença à croître considérablement à Paris le 7 décembre 1740… Elle ne rentra dans son lit que le 18 février, c’est à dire après un débordement qui avait duré soixante-treize jours! Il n’était guère possible, ajoute-t-il, qu’une inondation qui avait duré si longtemps ne causât des dégradations aux ponts, aux quais et aux maisons situées sur les bords de la rivière, et au milieu des marais inondés; aussi y en a t il eut de considérables. »

            Quant au pont Rouge, il résista grâce aux précautions prises par le Bureau de la Ville, précautions qui consistèrent à dégager sans cesse les piles du pont dès qu’elles étaient obstruées par le bois et les planches provenant des chantiers et que les eaux entraînaient.

            Le pont Rouge fut moins heureux en 1795. Il s’écroula pendant les inondations qui survinrent à cette époque. Ce ne fut pas une grande perte. Sa démolition était décidée, en principe, depuis longtemps. Nous lisons, en effet, dans les lettres patentes du 22 avril 1769, concernant un plan d’ensemble pour les embellissements de Paris que « le pont appelé pont Rouge, appartenant à la Ville, qui communique de l’isle du Palais à celle de Saint Louis, n’étant praticable que pour les gens de pieds et sa construction en bois se trouvent sujette à de fréquentes réparations, exposant le public à des dangers et à être souvent privé d’une communication nécessaire…, sera supprimé et remplacé par un pont de pierre  d’une seule arche, lequel sera dirigé à angle droit sur la traverse de la rivière, de manière qu’il aboutira d’un côté en face de la rue Saint Louis et de l’autre au quay des Ursins… »

             Les inondations de 1795, avons-nous dit, se chargèrent de sa démolition.

1801

            Une loi du 24 ventôse an IX (15 mars 1801) en ordonna la reconstruction, mais  » tenant d’un bout à la rue Bossuet, dans la cité, et de l’autre, à la rue Saint Louis en l’Ile, c’est à dire un peu au-dessus de l’emplacement qu’occupait le pont Rouge « .

             Les travaux en furent confiés à une compagnie particulière, sous la direction de M. Demoutier, ingénieur en chef, moyennant la cession du péage: un sou par personne, cinq par carrosse à deux chevaux, trois par cabriolet à un cheval. Le nouveau pont était formé de deux arches en charpente de 31 mètres sur piles et culées en maçonnerie et ne servait encore qu’aux piétons. Sa longueur était de 70 mètres, sa largeur de 10 m 22. En 1809, ce pont ayant fléchi, le passage en fut interdit pendant quelque temps et on y substitua, à titre temporaire, une simple passerelle en charpente, qui fut construite aux frais de l’Etat, « la Compagnie se considérant comme simplement chargée de fournir les capitaux nécessaires à la construction des trois ponts qui avaient fait l’objet de la loi de 1801. » (Romany  Notice historique sur les ponts de Paris.)

1842

La passerelle de la Cité

              En 1842, pont et passerelle furent remplacés par une passerelle suspendue, en fil de fer, n’ayant qu’une seule travée.

              Cette passerelle, exécutée par les soins de M. l’ingénieur Hombert, prit le nom de passerelle de la Cité. Il fallait monter deux marches pour y entrer, ce qui la rendait inaccessible aux voitures.

              « A ses abord sont deux têtes de pont dont l’architecture rappelle celle de notre antique cathédrale. Sur la rive de la Cité la porte s’ouvre par une double arcade en ogive dont les pieds-droits sont surmontés de clochetons gothiques réunis entre eux par une balustrade du même style; à l’autre extrémité, sur la rive de l’île Saint Louis, c’est aussi une arcade ogivale, mais que l’on dirait crénelée, car ses pierres non dégrossies attendent encore que le ciseau du sculpteur les contourne en clochetons et en trèfles. La fantaisie gothique règne dans les supports et dans les balustrade en fer de la passerelle de la cité. » (Les Monuments de Paris par Pigeon) (2)

1861

             A la passerelle suspendus, on substitua, en 1861, un pont en métal, qu’on baptisa du nom de Saint Louis, ainsi que ‘atteste l’inscription suivante qu’on lit aux extrémités du pont:

Pont Saint Louis

Reconstruit sous le règne de Napoléon III

1861-1862

              Ce pont n’a qu’une seule arche, qui repose sur deux culées en maçonnerie. « Elle est composée de neuf arcs en fonte espacés entre eux de deux mètres d’axe en axe, qui supporte, par l’intermédiaire de tympans évidés, un tablier composé de voûtes en briques recouvertes par la chaussée et les trottoirs.

.   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   . 

             « La largeur entre les garde-corps est de 16 mètres, partagée entre une chaussée pavée de 10 mètres et deux trotoirs en bitume de 3 mètres de largeur chacun.

.   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .

             » La dépense à laquelle ce pont a donné lieu s’est élevée à 655.669 fr. 75, dont 375.000 francs pour l’établissement de l’arche métallique. » (Notice sur les Ponts de Paris par Romany)

 

(I) Paris semble à mes yeux un pays de romans

   J’y croyais ce matin voir une île enchantée

   Je l’ai laissée déserte et la trouve habitée,

   Quelque amphion nouveau, sans l’aide des maçons,

   En superbes palais a changé ces buissons.

                 (le menteur Corneille)

(2) Il ne faut pas confondre cette passerelle avec la passerelle Saint Louis, qui se trouvait à l’autre extrémité de l’île, entre les ponts Damiette et Constantine.

 Retour

Be Sociable, Share!
  • Twitter
  • Facebook
  • email
Ce contenu a été publié dans Histoire. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *