Le pont Saint Michel 1

LE PONT SAINT MICHEL

(I Partie)

 

             Dans notre notice sur le Petit Pont nous avons rappelé que M. Dupain, ancien chef de section à la préfecture de la Seine, avait émis l’avis qu’il y avait eu un pont là où on a élevé plus tard le pont Saint Michel. M. Dupain ajoute que ce pont existait encore à la fin du XIIIe siècle et que « probablement il était tombé en vétusté depuis quelque temps, lorsqu’en 1378 on construisit le pont Saint Michel ».

       Sur ce point, les avis sont très partagés. La plupart des historiens sur Paris estiment, et nous sommes de ce nombre, que, jusqu’en 1378, le seul moyen de communication, entre la rive gauche de la Seine et la Cité, a été le Petit Pont.

1378-1408

       « En cette année, dit Piganiol, il se tint au Palais une assemblé composée de 2 présidents, 67 conseillers, du doyen, du chantre, du pénitencier, de 4 chanoines de Notre Dame et de 5 bourgeois. Dans cette assemblée, il fut résolu de construire ce pont, et on fit ensuite commandement au Prévôt de Paris de le commencer. Celui-ci, à l’ordinaire, ainsi qu’aux autres ouvrages publics, y fit travailler les vagabonds, les joueurs et les fainéants. »

       Le Prévôt de Paris était alors Hugues Aubriot, qui acheva l’enceinte de Charles V et fit bâtir la Bastille. L’emplacement choisi pour construire le nouveau pont fut celui sur lequel s’élève le pont actuel. Cet emplacement était alors occupé par un abreuvoir, dit abreuvoir Macon.

       On descendait à cet abreuvoir par une ruelle très sale, qui, modifiée lors de l’ouverture de la rue du Pont Saint Michel, disparut vers la fin du siècle dernier. Les trottoirs orientaux de la place Saint Michel en occupent aujourd’hui l’emplacement.

       Le pont de 1378 était-il en bois ou en pierre? Les avis sont très contradictoires. Certains auteurs pensent qu’il fut en pierre, ou que du moins on posa de larges assises pour les piles. Du Breuil croit, au contraire, qu’il fut en bois, et tel est l’avis de M. H. Legrand. (Plan de Paris en 1380)

        Le Neuf -Pont  (c’est le nom qu’on lui donna tout d’abord, – registres du conseil du Parlement) ne fut achevé qu’en 1387, c’est à dire neuf ans après, sous Charles VI.

Durant le temps du Roy Charles sixiesme,

Qui du François porta diadème,

furent bastiz Chastellet, Petit-Pont,

Desquels deulx lung à l’autre correspont

Le Pont aussi de Saint Michel assis

Sur le fondemens de pieulx gros et massifs

                                                                               (La Fleur des antiquités.)

       Disons tout de suite qu’il conserva peu de temps ce nom de Neuf-Pont. On l’appela successivement PETIT-Pont-Neuf, après la construction du Pont-Neuf; – pont Saint Michel lès-le-Palais-Royal  (comptes de la recette de Paris, 1413-1457); – puis, enfin, pont Saint Michel, nom qu’il porte aujourd’hui et qui lui vient d’une chapelle qui se trouvait sur une petite place entre la Sainte-Chapelle et la rue du même nom.

       Cette chapelle, très ancienne, puisque Philippe Auguste y fut baptisé en août 1165, était appelée Ecclesia Snacti Michoelis de Platea. Elle fut supprimée en 1782. (Heuzey, Curiosités de Paris;  Raoul de Presles, Paris et ses Historiens; Tableau Historique et pittoresque d Paris.)

       Comme le Petit Pont et le pont Notre Dame, le pont Saint Michel était couvert de maisons. Quelques-unes d’entre elle se prolongeaient jusque sur la petite place formée par les maisons d’angle des rues Saint-André, de l’Hirondelle et de Hurepoix et formaient ainsi la rue du Pont Saint Michel; d’autres faisaient retour vers le quai, tournant le dos à la Seine, formant la rue du Hurepoix. Les habitants de ces maisons étaient, nous dit Sauval, teinturiers, écrivains, barbiers, éperonniers, fourbisseurs, fripiers, chasubliers et tapissiers; « il y avait même, ajoute-t-il, des faiseurs de harpes, des libraires, chaussetiers et autres marchands et artisans que le voisinage du Palais y avait attirés. » Ceci donne une idée de la quantité de personnes qui demeuraient sur le pont et du grand nombre de maisons qui s’y trouvaient.

       Parmi les propriétaires de ces maisons, nous relevons, sur les comptes de la fabrique de Saint-Jacques-la-Boucherie, le nom de Nicolas Flamel, écrivain juré de l’université de Paris, qui, avec sa femme Pernelle, tenait une modeste échoppe d’écrivain, bien que possédant de la fortune. Il avait des recettes annuelles et perpétuelles sur l’une de ces maisons, appelée l’Hôtel du Croissant.

       Le premier pont Saint-Michel eut une existence de courte durée. Il fut rompu par les glaces en 1407 (23 mars 1408). Voici ce qu’on lit dans les registres du Parlement:

       « Du mardy dernier jour de janvier 1407. – Aujourd’hui et dès hier environ neuf ou dix heures de nuit sont descendues les glaces et glaçons aval en si grant habundance, par si grant impétuosité, et à si grant effort en espécial par cette partie de Seine qui flut à Paris par dessoubs les Petits-Pons, que par les heurs, continuelx de glaces contre les pez (les pieux) de bois, qui soutenoient le Petit-Pont qui estoit en alant de la rue Saint-Jacques à Nostre-Dame, et aussi contre les pilliers de pierre qui soustenoient les arches et le pont de pierre (le pont Saint-Michel) qui estoient en alant de la rue de la Harpe au Palais Royal, icelles glaces et rivière de Seine ont abattu le dit pont de bois qui estoit en allant à Nostre-Dame, et parties des maisons adjacentes, et aussi ont abattu, froissié, démoli et rué jus, le Pont de Pierre dessus-dit et bien vingt à trente maisons qui estoient dessus; et lesquelx Pont et maisons avoient esté édifiés et construits puis vingt-sept ou vingt-huit ans… » (Champion, Les inondations de la Seine,)

1416-1547

       Le pont Saint-Michel fut reconstruit en 1416. Sur les deux côtés s’élevaient, au nombre de trente-deux, des baraques ou loges en bois, dont les concessionnaires étaient Michel de Lallier et Jean de Taranne. Ce dernier était un riche changeur du pont au Change et l’un des notables de la corporation. Il fut assassiné pendant les jours d’émeute d’août 1418.

       La courte existence de ce deuxième pont (1416-1547) ne fut marquée par aucun évènement intéressant. Nous relevons seulement, dans le Journal d’un bourgeois de Paris, qu’en ce temps (1436) ‘les bouchers de Saint Germain des des Près firent boucherie au bout du pont Saint-Michel, comme on tourne à aller aux Augustins et commencèrent à vendre la vigille de Toussains, jour Saint-Quentin. »

       Une décision des commissaires sur le fait de la justice souveraine autorisa en effet provisoirement les bouchers de la boucherie de Saint Germain des Prés, « à tenir leurs estaulx  et à vendre leurs chars sur la rivière de Seine, au long des murs, devant l’ostel où souloit prendre la coronne, près du pont Saint Michel. » (Journal d’un Bourgeois de Paris)

        Depuis longtemps, le pont Saint Michel était d’un solidité douteuse. Déjà en 1418, Pierre le Gendre, chevalier, Trésorier de France, avait signalé à l’attention de la Cour « le péril que on dict estre et que les maistres des œuvres ont rapporté estre ez ponts des Changes et de Saint-Michel ».

        Les mêmes craintes furent formulées en 1525.

        Le 9 décembre 1547, un bateau, qui se trouvait amarré au Petit Châtelet,  se détacha et vint toucher l’une des arches du pont Saint-Michel. Le même accident se reproduisit le lendemain dans la nuit. Ces différents chocs ébranlèrent une partie du pont qui s’effondra avec dix-sept maisons. Félicien, relatant cet évènement, ajoute que « sur la requeste verbalement faicte par le procureur général du roy, la Cour a ordonné et enjoinct au Prévost de Paris ou ses lieutenans et chacun d’eux informer diligement sur la faute de la chute du pont Saint-Michel, advenüe samedy dernier, et par qui elle peut estre advenüe, et l’information faicte la renvoyer par devers la dicte Cour pour procéder contre les coupables ainsi qu’il appartiendra par raison. »

1549-1616

         Deux ans après sa chute, le pont Saint-Michel fut reconstruit pour la troisième fois (1549). Son existence devait être plus longue que celle de ses deux devanciers.

         Elle dura soixante-sept ans et voici, dans leur ordre chronologique, les principaux événements qui l’intéressent:

         1558. – Henri II donne l’ordre au prévôt des Marchands de construire le quai du Pont Saint-Michel. Mais ce quai ne fut entrepris qu’en 1561, après un rapport d’experts déclarant qu’il pouvait être établi, sans nuire à la navigation et au cours de la rivière. (Champion, les inondations de la Seine)

          1566. – Etablissement d’un marché, appelé  le Marché-Neuf. Il comportait dix-sept boutiques, une halle pour le poisson et deux boucheries. Ce marché avait été concédé par le Roi à Claire de Beauffremont, comtesse de Flaix, dame d’honneur de la Reine. Il devait être établi « sur une place estant hors la porte Saint-Michel, entre la rue d’Enfer et le fossé de la ville… » (Chamion, les inondations de la Seine, Berty, Région occidentale de l’Université)

         Tous ces bâtiments furent terminés en 1568, et, le 4 juin de la même année, ordre fut donné aux marchands de poissons et d’herbes, qui se tenaient près du Petit-Châtelet, de venir s’établir dans le nouveau marché. La rue de l’Orberie prit, à cette occasion, le nom de la rue du Marché -Neuf; les maisons appartenant à la ville, ajoute M. Heuzey, à qui nous empruntons ces renseignements, maisons qui bordaient le quai Saint-Michel, furent remplacées par un parapet. Le roi accorda le page du pont Rouge à la Ville à titre d’indemnité. (Curiosités de la Cité de Paris)

         Le marché ne put être maintenu intégralement en cet endroit, et, peu de temps après, on en transféra une partie sur la place du Pont-Saint-Michel. Par contre, on déplaça certain étaux, « tréteaux, eschoppes et boutiques installés sur le pont, pour les rétablir près la porte Saint-Michel ». (Berty Région occidentale de l’Université)

         A propos de cette place du Pont-Saint-Michel, nous lisons dans Cholet qu’elle fut  » faicte l’an 1557 par l’ouverture de la rue de l’Herberie ». Elle commençait vis-à-vis la grande rue Notre Dame, et aboutissait au pont Saint-Michel. Et Cholet ajoute: « il y a une boucherie au milieu qui fut achevée l’an 1586, comme il se voit par le marbre gravée sur icelle. La halle est plus ancienne et les dix sept boutiques aussi devers la rivière, où se vendoit la marée. L’escript gravé sur l’une des portes, en fait foy. »

         L’une des deux boucheries dont il vient d’être question, celle du côté oriental, devint, par la suite, un corps de garde, qui n’existe plus. Quant à l’autre, elle fut démolie et, sur une partie de son emplacement, on éleva, en 1804, la morgue, dont nous parlons dans notre notice sur le pont de l’Archevêché.

         1566 – Nous n’avons pas l’intention de rappeler ici toutes les processions qui passèrent sur le pont Saint Michel. Ces fêtes religieuses, faites, on le sait, pour obtenir la fin d’une sécheresse, d’une guerre, d’une inondation, la guérison d’un roi ou d’un prince, en guise d’amendes honorables et pour expier les sacrilège commis par les impies et les hérétiques, avaient, presque toujours, le même apparat. Nous citerons tout particulièrement l’une des plus solennelles, celle du dimanche 7 juillet 1566. Le Roi y assistait, ainsi que la Reine, Monseigneur le Duc d’Anjou, Mme de Lorraine, Mme Marguerite de France, Monseigneur d’Alençon, frères et sœurs du roi.

         Dès huit heures du matin, le cortège se dirigea vers l’église Sainte Geneviève « par les pont Saint-Michel et rue de la Harpe en l’ordre accoustumé » et, « la chasse Aaincte Geneviève à la dextre, on se rendit à Notre Dame ou à midy fut célébrée la messe solennelle par l’Evesque de Paris. »

         Bien entendu, on rapporta au Roy que « durant la dicte procession, une astoille luisante par l’espace de plus d’un quart d’heure avoit esté veue au ciel plusieurs, au moyen de quoy il a envoyé le vicomte de Martigues pour en enquérir la vérité, qui a rapporté le tesmoignage commun de ceux qui l’avoient veu en nombre infiny », ce qui voulait dire, en termes plus simples, que la procession de la châsse Sainte Geneviève avait produit tout l’effet qu’on en attendait.

         On sait qu’un jeûne public était souvent ordonné pendant toute la durée de la procession. Il en fut ainsi le 7 juillet 1566.

         « La cour….. a ordonné et ordonne, outre le jeûne particulier, commandé par l’esveque de Paris à toutes les paroisse de cette ville et faux bourgs jusques au retour de la procession, que deffences seront faictes à tous taverniers et cabaretiers et autres d’ouvrir leurs tavernes, cabarets et maisons pour bailler vivres, vin et viande à quelques personnes que ce soit, sur peine de confiscation de corps et de biens. Et pareillement inhibitions et deffences sont faictes à tous ceux ez maisons desquels soit par bas ou par haut se retirent plusieurs personnes pour voir passer la procession, de faire aucuns déjeuner ny banquets ny autre a^^areil pour vivre, boire et manger, comme par cy devant a esté faict, jusques au retour de la procession. »

          1575 – « Le mercredi 25e may, fust pendu, au bout du pont Saint Michel, un soldat, qui d’un coup de pistolle, quatre ou cinq jour auparavant avoit tué messire Dinteville, abbé de Saint Michel de Tonnerre, pour trente-deux escus que lui avoit donnés, pour ce faire, un enne mi dudit Dinteville, et qui estoit en contention avec lui à raison de ladite abbaye. » (L’Estoile t.I)

           1586 – « Les 29e et 30e janvier, furent par arrest de la cour de Parlement de Paris, roués, au bout du pont Saint Michel, deux fils de feu Me René Bianque, parfumeur Milannois, demeurant sur le dit pont, et le Hillot, leur serviteur, tous trois jeunes hommes et dont le plus vieil n’avoit attaint l’age de vingt-cinq ans, tous trois condamnés audit supplice, à cause de l’assassinat, par eux, au mois de septembre 1584, commis en une maison des faux bourgs Saint Germain des Prés, en laquelle ils tuèrent, à coups de dague, la damoiselle maistresse de la maison, agée de soixante-dix ans et plus, la servante, d’environ pareil age, et un enfant de dix ans, fils de la fille de la dite damoiselle; pillèrent l’or et l’argent qu’elle avoit, et bonne part des meilleurs meubles. Ils avoient entrepris cest assassinat, pour ce qu’ils fréquentoient journellement en ceste maison, contigue à une qui leur appartenoit, et y estoient bien veus et bien receus par la dite veille damoiselle; et par le moien de ladite fréquenteation, avoient descouvert les derniers conptans quelle avoit peu auparavant receus de quelques rachat de rentes et autres négoces. Le père de ces deux misérables estoit ung meurtrier, voleur et empoisonneur, lequel, après avoir tué et volé à la Saint Barthélémi, mourut sur ung fumier, consumé de poux et de vermine. Sa femme estoit une putain qui mourust en ung caguart au lit d’honneur, et ses enfants sur une roue, comme des meschans et voleurs qu’ils estoient. Par ainsi, Dieu aiant raclé la prospérité de cest homme, mausdit aussi son habitation; car sa substance fut arrachée, et sa maison, bastie d’extorsion, mise à néant, selon l’arrest de la parole de Dieu, prononcée par la bouche du sage. » (L’Estoile..)

                   1589 – « Ce samedi 7e janvier, on abbatist, la nuit, la Barrière des Sergents du pont Saint Michel, à Paris: ce qu’on interpréta à un mauvais augure et présage d’ung abattis en brief de la justice, comme aussi il advinst. C’estoit ce monstre à seize testes, qui devoit mastiner l’auctorité des Rois et des loix, qui commença par-là à se faire craindre et à rechercher et fouiller, jusques aux cendres de leurs fouyers, tous ceux qu’il avoit opinion favorizer dans leur cœur la cause du roy  et de la justice. » (L’Estoile)

                   Cette barrière fut rétablie. « Icy est une barrière des Sergents du Chastelet, écrit Cholet, bastie par eux avec les suyvantes qui sont, à la porte Baudets, au bout du pont Saint Michel, au petit Chastelet, et en la pace Maubert, près la croix des Carmes. »

                   En 1600, le plan Jouvin de Rochefort fait encore mention de cette barrière, à l’angle du quay des Augustins et du pont Saint Michel.

                   1591 – « Le samedi 16e de novembre, Bussi, Louchard et autres de sa faction sont allez, à quatre heures du matin, au bout du pont Saint Michel, par où le Président Brisson passoit ordinairement pour aller au Palais. Ils l’ont saisi au collet et l’on trainé avec ignominie aux prisons du petit Chastelet, l’on fait monter à la Chambre du Conseil, où il a trouvé un prestre pour le confesser et le bourreau pour l’étrangler. Il demande de quoi on l’accuse, qui sont ses parties, où sont les témoins; on lui répond qu’il est jugé, et alors Cromé lui prononce la sentence qui le condamnoit à mort comme atteint de trahison et de crime de lèze-majesté divine et humaine. Cependant le bourreau le prend et l’étrangle à la fenestre de la chambre. » (L’Estoile)

                   Brisson avait remplacé, comme premier Président, Achille de Harlay, enfermé par les Seize à la Bastille. C’était un savant jurisconsulte. Son corps fut attaché, le lendemain, en place de Grève à une potence et y demeura deux jours entiers, exposé aux regards du public.quant et quant dix escus

                    1593 – « En ce mesme mois et an, à savoir le 20e décembre, advinst qu’un Néapolitain, amoureux désespérément d’un cordonnière demeurant au bout du pont Saint Michel à Paris, qu’on nommoit « la belle cordonnière » lui envoia demander trois gouttes de son laict, pour ce qu’elle estoit nourisse, pour un mal d’œil qu’il disoit avoir: lui envoiant quant et quant dix escus, qu’elle prist très bien, par la permission de son mari, lequel aiant une chèvre s’avisa d’en faire tirer du laict, dont il envoia trois gouttes au Néapolitain, lui faisant entendre que c’estoit du laict de sa femme. Lui tout joieux, pensant accomplir son mistère (qui estoit de rendre la cordonnière si amoureuse de lui qu’elle courroit après et le viendroit chercher, quelque part qu’il fust), rendit, avec ses chermes qu’il fist sur les trois’gouttes de laict (qu’on lui avait envoiées), cette chèvre si amoureuse que, commençant sauter et tempester, s’eschappa enfin du logis de son maistre, et trouvant cest Hespagnol au corps de garde des Néapolitains, lui sauta incontinent au col, le baisa et lui fist mille caresses. La fin de cette farce fust la mort de la pauvre chèvre, la fuite du Néapolitain, qu’on voulait faire brusler, et dix escus qui demeurèrent pour gage au pauvre cordonnier, qui en avoit bien affaire. » (L’Estoile,)

                     1594 (mars) – Henri IV fit son entrée dans Paris, le mardi, 22e jour de mars 1594. Mais il n’est pas exact de dire que cette entrée eut lieu par le pont Saint Michel.

                     « C’est un de ses lieutenants, d’Humières, qui, d’après le plan arrêté pour l’occupation de Paris, eut ordre, à la tête de la 2e division, de marcher sur le pont Saint Michel pour couper toute communication entre les Napolitains qui étaient établis au faubourg Saint Germain et les Espagnols et Wallons qui avaient leur quartiers au-delà de la Seine; pour séparer l’Université de la Ville et faciliter l’invasion de la dernière, d’Humières ne trouva aucune résistance sérieuse. Quarante ligueurs, sortis de la rue de la Huchette, après avoir fait feu, se sauvèrent et les royalistes s’emparèrent du pont Saint Michel. » (Poirson, Histoire du règne d’Henri IV)

                      1594 (avril) – « Le lundi, 4e, le Tonnelier fut pendu et estranglé, au bout du pont Saint Michel, à Paris, après qu’on lui eut coupé et brulé le poing. Son cri portoit que c’estoit pour réparation de meurtre commis et perpétré par lui; la dernière feste de la Toussaints, en la personne de la veufve Greban, femme de l’horloger du Roy, l’an 1589. Quant à l’attentat sur la personne du Roy, son dicton n’en portoit rien; mais bien fust-il interrogé dessus la dague nue qu’il avoit portée à l’hostel de Nemoux, le Roi y estant, qu’il nia avoir esté en intension d’offenser, sa Majesté; et toutefois recongneust avoir dit qu’il eust voulu que sa dite dague eust esté dans le cœur du Roy.  » (L’Estoile)

                      1596 (août) – « Le vendredi 23e aoust, mourust de la maladie, en la rue des vignes (où il avait été transporté), Pierre de La Rue, tailleur, demeurant au bout du pontSaint Michet, jadis un des gouverneurs de la ville de Paris pendant la ligue; en mourust furieux et hors de son esprit, criant les chats d’Hespagne. Regretté de tous les bons yvrognes et vaunéants comme lui, et en aiant trompé beaucoup, qui s’attendaient de le voir prendre et non pas mourir dans son lict. » (L’Estoile)

                      Ce LaRue avait été disigné en effet depuis longtemps pour être pendu, car, en 1593, d’après encore L’Estoile, on avait semé dans les Augustins la baguenauderie suivante imprimée en forme de placard où il y avait, ajoute t-il, aussi peu de raison que de rithme:

                       « Mémoire des politiques qui doivent être pendus au bout du pont Saint Miche, à Paris » et au nombre de ces politiques se trouvait le susdit La Rue, en compagnie de Chambellan, Briou et Daubrai. (L’Estoile)

                        1596 – « Le samedi 7e septembre mourust à Paris, de la maladie, Hachette, Bonnetier demeurant sur le pont Saint Michel. On l’appeloit « l’espion des seize » pendant la ligue, de laquelle il estoit autant hay comme il estoit aimé de tous les bons serviteurs du roy. » (L’Estoile)

Suite………

 

Be Sociable, Share!
  • Twitter
  • Facebook
  • email
Ce contenu a été publié dans Histoire. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *