Le pont Saint Michel 2

(2 partie)

1616

       Après cette série un peu lugubre de faits divers, notre pont Saint Michel eut, pendant quelques années, une existence plus calme. Mais il était vieux et, malgré les réparations dont il fut l’objet à différentes époques, entre autres en 1583 et 1592, son peu de solidité inspirait de sérieuses craintes. Fortement ébranlé par les premières inondations survenues en 1616, il fut complètement emporté par glaçons dans la nuit du samedi 30 janvier de la même année.

        Les détails de cet accident, qui causa la mort de plusieurs personnes, nous ont été transmis par un document que l’éditeur Motteroz a réimprimé en 1876 et que la Société de l’Histoire de Paris a publié dans ses mémoires. Ce document a pour titre:  » Discours véritable et déplorable de la chute des ponts au Change et Saint Michel, arrivée à Paris le 20 janvier par le ravage des eaux et impétuosité des glaçons, ensemble de deux maisons et demy aux faubourgs Saint Marcel avec la mort de sept ou huit personnes. – A Lyon par Jonas Gautherin. MDCXVI feuillets, petit in-4° »

        Par un arrêté du Conseil, en date du 4 août 1616, les propositions faites par plusieurs particuliers pour la reconstruction du pont Saint Michel furent acceptées, à charge  » de commencer les bastimens du rez-de-chaussée en amont, et iceux faire édifier et bâtir de pierre de taille et brique, de même symétrie, ordonnance, largeur et profondeur suivant les devis, desseins, plans, élévations qui leur seraient donnés ». – Le roi, dit Sauval, traita avec des engagistres aux conditions suivantes: que le dit pont seroit fait de pierre: qu’ils y élèveroient à leurs dépens trente-deux maisons de pierre et de brique; que chacune tous les ans payeroit à la recette du domaine un écu d’or de redevance; qu’ils les entretiendroient de grosses et menues réparations; et qu’à la fin de leurs baux et de leurs engagemens, qui devoient durer les uns, soixante ans, et les autres cinquante, elles appartiendront au roi, en pleine propriété. »

        Ajoutons qu’en 1657, on modifia les termes de cette convention, et qu’en 1672 le roi abandonna la propriété du pont moyennant une somme de 20 000, 12 deniers de cens et 20 cens de rente par chacune des trente-deux maisons.

        « Le nouveau pont, dont la largeur entre les têtes était de 24 m. 74, fut achevé en 1624. Sa longueur était de 61 mètres. Il consistait en quatre arches. Celles du milieu avaient 14m. 10 et 13m. 98; celles de rive ayant 10m et 9m. 92 étaient masquées complètement jusqu’à 4 mètres, et au-dessus de l’étiage par des banquettes de chalage et de contre halage. » (Notice  historique sur les ponts de Paris, par Romany) Sur la pile du milieu était une statue équestre de Louis XIII, en demi-relief, sur les deux autres piles se trouvaient des niches avec statues, dont une de la Vierge et une de Saint Michel.

        Toutes ces statues furent détruites pendant la Révolution. On voyait encore quelques traces des statues de saint Michel en 1850.

        Lors de la démolition de ce pont, en 1857, on découvrit dans les fondations de droite, une plaque de cuivre sur laquelle était gravée cette inscription rappelant sa construction:

         » Ludovicus pius tertius a decimo, Galliarum et Navarrae Rex christianus, ponti ligues moles lapideas substituens, anni perenni perenne nomen et nominentum, hac catathemea posuit 21 septembre 1617. » Cette plaque était accompagnée de deux médailles à l’effigie de Louis XIII enfant, portant au revers la reine mère, sous la figure de Junon, assise sur un arc en ciel, avec cet exergue:  » Dat pacatum omnibus oether. » Ces objets furent déposés au Musée de Cluny.

         Le livre commode des adresses nous apprend que  » les parfumeurs qui font grand commerce de poudre et de savonnette, étaient au bout du pont Saint Michel, à l’entrée de la rue de la Harpe, à l’entrée de la rue d’Hurepoix;

         « Qu’entre les marchands chapeliers qui tiennent boutiques et qui faisaient un grand détail était Arpin, à l’enseigne du Louis Argent (1). »

         Quelques-uns des marchands  » qi faisaient grand commerce et qui tenait magasin de peaux. » s’étaient également donné rendez-vous sur ou auprès du pont Saint Michel et le  Livre commode des adresses nous cite encore un sieur Loget, comme étant en grande réputation.

         Enfin il convient de rappeler que la place du pont Saint Michel était le lieu où se vendaient les meubles et effets par autorité de justice, le mercredi et le samedi, par le ministère d’huissiers priseurs.

         « De la du Pont Saint Michel, lit-on dans les Curiosités de Paris, entrez par la rue d’Hurepoix, sur le quai des Augustins, où l’on trouve en tout temps des carrosses de louage, toutes sorte de volailles et de gibier. Il y a un grand nombre de libraires chez lesquels se trouvent les meilleurs et les plus rares livres de Paris qu’ils achètent journellement dans les inventaires, ils ont aussi la réputation de vendre bon marché. »

         A cette animation toute commerciale s’en ajoutait une autre bien particulière. C’était sur la place du Pont Saint Michel, nous dit le Géographe Parisien, que  » se promenaient tous les députés des régiments qui étaient envoyés à Paris pour faire de recrues et compléter les régiments »

         Les cabarets, bien entendu, ne faisaient pas défaut, et « les Trois Entonnoirs » du pont Saint Michel passaient pour posséder le meilleur vin de Beaune de tout Paris, à une époque où un arrêt de la Faculté, prononcé par Fagon (2), avait donné la palme à ce cru et l’avait désigné pour servir exclusivement de boisson au roi. (Cabarets du XVIIe siècle)

1734

         Des lettres patentes, datées du 9 septembre 1734, enregistrées au Parlement le 11, portent que « douze maisons sises au marché neuf, ayant face d’un côté sur la rivière et de l’autre sur le dit marché, seront démolies et qu’en la place il sera fait un mur de parapet depuis l’encoignure du marché jusqu’à la boucherie, près et joignant le pont Saint Michel »

         Cette mesure, mise immédiatement à exécution, fut suivie d’un avis de l’Hôtel de Ville, daté du 19 octobre de la même année, pour la vente des matériaux des maisons du Marché-Neuf et l’adjudication du parapet.

         On ne devrait pas s’arrêter à ce premier coup de pioche, que des considérations de salubrité et d’embellissement avaient rendu absolument nécessaire. La sécurité des habitants commandait, d’autre part, cette mesure. « Il était curieux, dit Poujoulx, dans Paris à la fin du XVIIIe siècle, de voir à l’approche des débâcles, c’est à dire presque aussitôt que la rivière était prise, mille à douze cents familles déserter leurs cases et emporter leurs meubles les plus précieux, dans la crainte de voir descendre leur habitation dans la rivière. »

          « Mais où aller en pareil cas, où se réfugier? quelques-uns, protégés du roi, trouvaient asile dans les logis du Louvre.

          « Lors de l’inondation de 1751, l’abbé Voisenon demanda la faveur de cet asile pour la sœur du comédien Caillot, pauvre petite marchande que les eaux avaient chassée de sa boutique du pont Saint Michel. » (Chronique et légendes des rue de Paris, par Ed. Fournier)

          La démolition de toutes les maisons qui s’élevaient au dessus des ponts de Paris fut décidée, en principe, ainsi que la construction de certains quais.

          Nous relevons tout d’abord, au mois d’avril 1767, un arrêt du Conseil pour la construction d’un quai sur la rive gauche entre le Petit Pont et le pont Saint Michel. Les travaux ordonnés avaient en vue « de procurer de nouveaux avantages aux habitants et d’augmenter de plus en plus la magnificence de la capitale. Il y est dit:

          « Que la rue de la Huchette, l’une des plus incommodes et des plus étroites du quartier de l’Université, est cependantun des passages les plus utiles et les plus fréquentés de la ville:

          « Que la grande profondeur des maisons de cette rue, qui ont issue sur la rivière, rendrait possible de les retrancher pour y former un quai de cinquante pieds de largeur, au moyen duquel une parties des intentions de S. M. se trouvaient remplies;

          « Que la maison dont la chute, arrivée le 19 février dernier(1767), et celle qui a été démolie, laquelle est joignante, offriraient un moyen de commencer l’établissement de ce quay. »

          Cet arrêt fut renouvelé deux ans après par la publication de celui-ci:

.   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .

          « Article 20 – Les maisons du pont Saint Michel seront parallèlement démolies et supprimées, ainsi que celles construites au retour dans la rue Hurepoix, du côté de la rivière, au moyen de quoi le quay des Grands Augustins sera prolongé en place des maisons qui seront démolies jusqu’au pont Saint Michel et il sera alors pratiqué des parapets et trottoirs des deux côtés du dit pont.

          « Article 21 – Les maisons qui sont à la suite du dit pont Saint Michel, du côté de la rivière jusqu’au quay des Orfèvres, seront aussi démolies et supprimés, ainsi que les piliers et arcades qui soutiennent celles de la rue Saint Louis et, lors de cette suppression, le quay des orfèvres sera prolongé jusqu’au pont Saint Michel et garni de parapets et de trottoirs…  » (Lettres patentes, avril 1769)

          Aucune suite n’ayant été donnée à ces lettres patentes, un édit royal, du 7 décembre 1786, rappela les dispositions ci-dessus énumérées et en ordonna l’exécution. Voici cet édit:

           » Edit du Roi qui ordonne la démolition des maisons construites sur les ponts de la Ville de Paris, sur les quai et rues de Gesvres, de la Pelleterie et autres adjacentes des deux côtés de la rivière, conformément au projet arrêté en 1769; la construction d’un pot en face de la place de Louis XV; celle d’une nouvelle salle d’opéra; le parachèvement du quai d’Orsay et autres objets relatifs à l’utilité publique, à la salubrité et à l’embellissement de la capitale…..

          « Donné à Versailles au mois de septembre 1786, registré au Parlement le 7 des dits mois et an.

          « Louis… Parmi les différents ouvrages projetés pour l’utilité de notre bonne ville de Paris, desquels le feu Roi, notre très honoré Seigneur et aïeul, arrêta le plan en 1769, la démolition des maisons construites sur les ponts, et les emplacements des quais, a toujours été considérée comme l’objet le plus désirable, tant pour la salubrité que pour l’embellissement de cette capitale, et en même  temps comme le plus pressé pour prévenir les accidents qui font craindre la vétusté de ces bâtiments, les grandes crues d’eau et l’effort des glaces.

                  « Cette opération étant devenue d’une nécessité absolue, nous avons cru devoir ordonner qu’elle ne fût plus différée et c’est avec une véritable satisfaction que nous avons vu les Prévôt des marchands et Echevins s’empresser de concourir à nos vues, et donner l’exemple du zèle et du dévouement sur cet objet, en faisant démolir les maisons appartenantes au domaine de la Ville, sur le pont Notre Dame. Si cette première opération fait déjà voir ce que l’on peut ce promettre de l’exécution entière du projet, qui doit rendre la circulation de l’air plus libre dans cette partie, elle entraîne en même temps l’obligation de la continuer sans interruption; de démolir promptement les maisons du pont au Change et de faire disparaitre l’aspect difforme de toutes celles qui bordent la rivière, de l’un et de l’autre côté du quai de Grèves de la rue de la Pelleterie. Mais comme ces maisons sont des propriétés. Mais comme ces maisons sont des propriétés appartenantes à différents particuliers, nous ne pouvons en exiger le sacrifice qu’en pourvoyant à leur indemnité.   .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .       .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .       .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .

                  « Article IV. – Il sera pris ensuite par ladite administration (la Ville de Paris) semblables mesures pour la démolition des maisons sur le pont Saint Michel et sur les deux bords de la rivière, dans les rues Saint Louis près le Palais et du Hurepoix au bout du quai des Augustins, ainsi que de celles de la rue de la Huchette, du côté de la rivière, pour y former le quai Bignon, cy devant ordonné par nos lettres patentes du 31 juin 1767.   .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .       .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .       .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .       .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .       .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .       .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .  

                  « Article XII. – L’excèdent des terriens, après la largeur nécessaire à donner aux quais des rues de la Pelleterie et de la Huchette sera vendu par le Bureau de la Ville sur les conclusions du Procureur du Roi, dans la forme ordinaire…. »

                  Cet édit resta sans effet, comme les lettres patentes de 1734. La question fut reprise en 1807 et enfin solutionnée par un décret de Napoléon, portant la date du camp de Tilsitt  (7 juillet).

                   Les maisons du pont Saint Michel, du Marché Neuf, des rues de Hurepoix et de Saint Louis furent abattues. Quant au quai projeté par Louis XV et Louis XVI, entre le Petit Pont et le pont Saint Michel, il fut compris dans un autre décret de Napoléon, en date du 25 mars 1811, décret dans lequel il est dit :

                   « Il sera construit un quai en maçonnerie, sur la rive gauche de la Seine, entre le pont Saint Michel et le pont de la Tournelle. » Ce quai portera le nom de Montebello(3).

                   Ce décret ne fut exécuté qu’en partie, par suite des évènements survenus en 1815. Commencée en 1812, la partie du quai (entre le Petit Pont et le pont Saint Michel) put être achevée et livrée à la circulation en 1816, sous le nom de quai Saint Michel.

1804

                    C’est en 1804, avons-nous dit (4), en vertu d’une ordonnance de police du 29 thermidor, que la Morgue fut transportée à l’extrémité nord est du pont Saint Michel, dans un petit bâtiment ayant la forme d’un tombeau grec et qui fut construit sur une partie de l’emplacement occupé par l’une des deux boucheries installées en cet endroit en 1566.

1831

                     En face de la Morgue, dans une des mansardes de la grande maison qui faisait le coin de la place, au bout du pont Saint Michel, habitait, en 1831, G. Sand. Elle ne s’appelait encore qu’Aurore Dupin, Indiana ne parut qu’un an plus tard (1832).

                     Mariée en 1822 à M. Casimir Dudevant, fils d’un colonel de l’Empire, elle dut s’en séparer quatre ans après, à l’amiable, pour incompatibilité d’humeur. Si deux personnes n’avaient pas été créés pour vivre ensemble, c’étaient assurément Melle Dupin et M. Dudevant, car jamais deux natures ne furent plus opposées, deux éducations plus différentes l’une de l’autre. Retirée tout d’abord au château de Nohant, Mme Dudevant s’ingénia, comme elle le dit elle même, « à se créer quelques petits métiers, essayant de faire des traductions, des portraits au crayon de la couture, des modes, des tabatières et des étuis à cigares ». Je conserve, comme un précieux souvenir, l’une de ces tabatières que G. Sand donna à mon père. Boîte, couvercle et charnières, tout est en bois. La boîte, de 85 millimètres de longueur et 45 millimètres de largeur, est entièrement couverte de grosses grappes de raisins, entourées de leur feuillage. Le même dessin est reproduit, en bordure, sur le couvercle, au milieu duquel sont peints un jeune coq faisan  et sa poule.

                     Tous ces travaux n’étaient pas de nature à procurer à Mme Dudevant l’argent qui lui était nécessaire pour vivre indépendante. Elle le comprit bien vite et « fatiguée de travailler comme un nègre pour se procurer de quoi manger du pain sec », poussé surtout par son génie, elle vint, sans relations, sans notoriété, presque sans ressources, dans ce Paris qu’elle devait bientôt remplir du bruit de son nom.

                     Elle s’établit sur le quai Saint Michel, en plein quartier Latin. « J’avais là, dit-elle, trois petites pièces très propres, donnant sur un balcon, d’où je dominais une grande étendue du cours de la Seine et d’où je contemplais face à face les monuments gigantesques de Notre Dame, Saint-Jacques la Boucherie, la Sainte Chapelle, etc., etc. J’avais du ciel, de l’eau, de l’air, des hirondelles, de la verdure sur les toits: je ne me sentais pas trop dans ce Paris de la civilisation, qui n’eut convenu ni à mes goûts, ni à mes ressources, mais plutôt dans le Paris pittoresque et poétique de V. Hugo, dans la ville du passé. » (Histoire de ma vie)

                      Elle y vécut avec 300 francs de loyer par an, 15 francs de ménage par mois et 2 francs de nourriture par jour. Elle ne demandait rien  de plus, ne pensant pas, comme Balzac, qu’on ne peut pas être femme à Paris sans avoir 25.000 francs de rentes.

                       Elle quitta le quai Saint Michel pendant l’hiver de 1832. « L’hiver fut si froid dans ma mansarde de bois que je reconnus l’impossibilité d’y écrire sans brûler plus de bois que mes finances me le permettaient. Delatouche quittait la sienne, qui était également sur les quais, mais au troisième seulement, et la face tournée au midi, sur des jardins. Elle était aussi plus spacieuse, confortablement arrangé et depuis longtemps je nourrissais le doux rêve d’une cheminée à la prussienne. Il me céda son bail et je m’installai au quai Malaquais, où je vis bientôt arriver Maurice que son père venait de mettre au collège. »

                       A partir de ce moment, les romans se succèdent avec une rapidité vraiment extraordinaire. Dix-neuf romans en huit ans! On sait cependant que G. Sand n’eut jamais de collaborateur pour ses romans. « Elle avait, a écrit Francisque Sarcey, le don superbe de la fécondité. Et cette fécondité n’était pas le fruit, comme chez Balzac, d’études profondes et de laborieuses recherches: elle lui était pour ainsi dire personnelle. C’était une fécondité de femme. »

                      Je me souviens d’être allé la voir, avec mon père, rue des Feuillantines. Elle y occupait un appartement très modeste, qui lui servait de pied à terre pendant ses courts séjours à Paris. Elle mettait alors la dernière main au Marquis de Villemer (1864). Mais ce n’était pas dans son appartement qu’elle travaillait. Il lui fallait le calme et, ne pouvant le trouver chez, elle s’était retirée dans une chambre du sixième qu’on mettait obligeamment à sa disposition. Là, assise sur une chaise de paille, en face d’une petite table en bois blanc, elle travaillait à ce beau drame tiré de l’un de ses meilleurs romans. Pas un seul livre à côté d’elle; du papier blanc, une plume et de l’encre, son imagination lui suffisait.

1831

                     A cette même époque, un Chodruc au pied trônait sur le pont Notre Dame selon les uns, sur le pont Saint Michel ou le pont au change selon les autres, devant une sellette de décrotteur. C’était l’ex professeur des belles lettres Jean Commerson, auteur d’une pièce en vers jouée à l’Odéon, le bouquet de Molière, qui, victime d’un passe-droit dans l’université, du moins à ce qu’il prétendait, avait résolu de punir l’alma parens et d’humilier le Gouvernement en se consacrant avec ostentation à cet humble métier. Il avait eu soin d’écrire à côté de son nom, ses titres et qualités sur un écriteau, et sur son habit noir se détachaient les palmes universitaires. Il ne manquait pas chaque fois ue l’occasion s’en présentait, d’ajouter force commentaires, à cette exhibition:

                    « Monsieur, disait-il, au client, en saisissant les deux brosses et en frottant le soulier avec agilité, vous pouvez vous flatter d’avoir l’Université à vos pieds. »

1857

                     En 1857, la démolition du pont Saint Michel fut décidée. Les quatre arches embarrassaient la navigation, les chevaux gravissaient péniblement ses rampes; on le remplaça par un pont composé de trois arches elliptiques de 17m.20 d’ouverture. « L’intrados de celle du milieu est élevé à la clef de 8 m.25 au-dessus de l’étiage. Ces arches reposent sur deux piles de 3 mètres de largeur et sur les culées de 6 mètres d’épaisseur. L’épaisseur à la clef est de 0m.70; elles sont construites en maçonnerie de moellons piqués, provenant de la retaille des pierres de l’ancien pont, avec mortier et ciment de Portland. Les bandeaux des têtes sont en pierre de Château Landon, ainsi que les avant et arrière bras des piles; les tympans en moellons piqués provenant des mêmes carrières sont ornés d’une N entourée d’une couronne de lauriers (5). Les têtes sont couronnées par une corniche de modillons également en pierre de Sainte Ylie (Jura). La distance entre les têtes est de 31 mètres et celle entre les parapets de 30 mètres partagée entre une chaussée empierrée de 18 mètres de largeur et de deux trottoirs en granit de 12 mètres de largeur ensemble.

                       « Le projet présenté par les ingénieurs a été approuvé par décision ministérielle du 22 avril 1857.

                        » L’adjudication a été passé le 28 du même mois et les travaux furent immédiatement commencés.

                       « Le système de fondation adopté en 1857 pour le pont Saint Michel et appliqué depuis au pont Solferino en 1858, au pont au Change en 1859, et au pont Louis Philippe en 1860 et 1861, est le même que celui qui a été employé sur le cher et sur la Vienne par les ingénieurs chargés de la construction du chemin de fer de Tours à Bordeaux.

« La dépense totale, comprenant la réfection des quais des orfèvres et des Grands-Augustins, sur d’assez grandes longueurs, s’est élevée à la somme de 743.233 fr. 09, chiffre dans lequel la reconstruction du pont proprement dit figure pour une somme de 551.738fr.48. » (Notice sur les ponts de Paris par F. Romany)

 

1861

                      En terminant, nous rappellerons que ce fut Napoléon III qui, en 1861, fit l’acquisition, sur sa cassette particulière, de la collection de plomb historiés trouvés dans la Seine et recueillis par M. A. Forgeais. A nombre de ces plombs figurent les suivants qui ont été retirés dans les parages du pont Saint Michel et qui intéressent les corporations; des boulangers; des boursiers; des chandeliers; des chapeliers; des cordonniers; des épingliers; des fruitiers; des marchands de gibier; des imprimeurs libraires; des jardiniers; des libraires; des marchands de poissons d’eau douce; des marchands de poissons de mer; des marchands de vin; des menuisiers; des pâtissiers-oublieurs (6); des pâtissiers; des pâtissiers-gaufriers; des plombiers-couvreurs; des tonneliers-jaugeurs de chargeurs de vins; des tonneliers; des teinturiers de drap; des rôtisseurs; des tapissiers; des traiteurs; des vignerons.

                       Tous ces plombs ont été déposés au Musée de Cluny. Ils datent des XVe, XVIe, XVII, XVIIIe siècles.

 

 

1 Le bureau de la corporation des chapeliers était rue Saint Denis. En 1856, on trouva, dans la Seine, au Petit Pont, un plomb du XVIe siècle qui intéressait  cette corporation. Ce plomb, qui fait partie de la collection Forgeais, est déposé au musée de Cluny. On pense généralement que les chapeaux ne sont en usage que depuis le XVIe siècle. Le chapeau avec lequel le roi Charles VII fit son entrée à Rouen, l’année 1149, est un des premiers dont il soit fait mention dans l’histoire. Ce fut sous le règne de ce prince que les chapeaux succédèrent aux chaperons et aux capuchons. (Collection des plombs historiés trouvés dans la Seine par A. Forgeais)

2 Fagon ‘1638-172/), directeur du jardin des plantes, médecin de Louis XVI.

3 Ce plan avait été préparé déjà en 1799, ainsi que le constate un procès-verbal dressé par le Conseil des bâtiments civils, dans la séance du 13 floréal an VII et ainsi conçu: « Le nouveau quai à établir depuis l’extrémité de celui des Miramiones jusqu’au petit pont aura 15 mètres de largeur à compter du parement extérieur du parapet qui terminera le mur de revêtement; il sera dirigé sur une seule ligne droite depuis la nouvelle place du petit pont jusqu’en deça de la rue Perdue, où il se terminera par un pan coupé. »

4 Voir notre notice sur le pont de l’Archevêché.

5 Ces N ont été supprimés après 1870.

6 C’est une des plus anciennes corporations. Ils avaient exclusivement le droit de vendre pâtisserie, volaille, viande, gibier, fruit divers, pain d’épices et vins de toute qualité. En outre le droit exclusif de fabriquer tout ce qui concerne les oublies, gaufres, cornets, sans omettre « le plaisir des dames ».

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