Le pont des Saint Pères

LE PONT DES SAINTS PERES

OU

DU CAROUSSEL

 

         Le 29 juillet 1831, on célébra par des réjouissances populaires l’anniversaire de la Révolution. Le programme comportait une ascension aérostatique, qui fut confiée à M. Dupuis-Delcourt.

         L’ascension eut lieu sur la place Saint Antoine; « une foule innombrable de peuples, de gardes nationaux et de militaires de toutes armes garnissait les boulevards et les quais, de la porte Saint Antoine à la barrière de l’Etoile. »

         Ce fut, dit-on, à l’occasion de la présence de cette foule sur les quais qu’on reconnut la nécessité d’établir, entre le pont Royal et le Pont-Neuf, une voie de communication pour les voitures. Un pont s’imposait, du reste, à cet endroit, depuis que le déblaiement de la place du Carrousel avait replongé, en quelque sorte, la rue Richelieu à travers cette place.

         C’est du pont des arts et surtout du pont des Saints Pères qu’on peut contempler l’un des plus aux points de vue de Paris. De cet endroit, en ce plaçant presque à l’extrémité du pont touchant la rive gauche, la Cité se « présente comme un énorme navire vu en raccourci par son avant. Elle a les flancs curvilignes, la haute stature, la masse imposante, la mâture élancée et fière, dont les pointes audacieuses s’élèvent vers les cieux. A gauche, les tours en poivrière du Palais de Justice et, à droite, à un plan de plus vers l’horizon lointain, la flèche de la Sainte Chapelle; plus loin, la lanterne octogone du Tribunal de Commerce; enfin, plus loin encore, les trois sommets de Notre Dame de Paris, la flèche entre ses deux tours. » (Paris, Vitu)

          C’est sur le pont des Saint Pères, à l’endroit que nous venons d’indiquer, que tous les matins, entre 9 et 10 heures, Théophile Gautier, alors attaché à la rédaction du Moniteur Universel, venait jouir de cette vue merveilleuse sur son cher Paris. Je le vois encore avec ses longs cheveux lui tombant sur les épaules, une longue pipe en terre à la bouche, sa casquette de cuir sur la tête, dont il se plaisait à retourner toujours la visière, sans doute pour mieux voir.

          Le pont de Carrousel présente cette particularité qu’il n’aboutit pas à la principale rue, on pourrait dire à la seule rue qu’il est appelé à desservir, la rue des Saint Pères.

          Il faut chercher la cause de cette disposition anormale dans la position qu’occupait au moment de la construction du pont des Saint Pères, le guichet du Louvre, guichet qu’on ne pouvait ni avancer ni reculer. Ajoutons que l’espace qui les sépare forme un tournant dont le danger a été très sensiblement diminué depuis peu, par l’élargissement des deux extrémités du pont.

          Le pont des Saint Pères, appelé tout d’abord pont du Louvre, puis du Carrousel, fut commencé en 1832. Le sieur Rangot en fut déclaré concessionnaire; il se désista en faveur de M. Borde.

          Les travaux s’exécutèrent sous la direction de l’ingénieur Polonceau. Deux ans après (novembre 1834), il était ouvert aux piétons et aux voitures, après avoir été inauguré solennellement par le roi Louis-Philippe.

          A partir du 13 mars 1837, il appartint à une société anonyme. Le droit de péage fut racheté par la ville en 1850.

          « Ce pont est composé de trois arches, de la plus grande ouverture. Chaque arche présente cinq travées formées par de longues planches de sapin superposées comme les ressorts de voitures, bien goudronnées et enfermées dans un étui ou enveloppe de fonte, de sorte que ces planches forment un grand arc revêtu d’une enveloppe de fer et paraissant fait d’une seule pièce. Tous les détails de ce pont sont du plus grand fini. Les voitures passent dessus. Le sol de ce pont est un cailloutage compact qui devrait servir de modèle aux ingénieurs chargés de l’entretien de nos grandes routes. (Le nouveau conducteur de l’étranger à Paris, 1840.)

          Une légère grille de fer forme la balustrade. Il a coûté un million. Il est orné, à ses deux extrémités, de quatre statues assises, représentant l’Abondance, l’Industrie, la Seine de la Ville de Paris. Ces statues sont l’œuvre de M. Petitôt.

          Ainsi que nous l’avons dit à propos du pont Royal, le pont du Carrousel ou des Saints Pères est jeté dans un endroit de la Seine qui, avant l’existence de ce dernier pont, se prêtait merveilleusement aux fêtes nautiques. Nous avons rappelé celle du 13 août 1699, donnée à l’occasion de l’inauguration de la statue de Louis XIV sur la place Vendôme; celle du 24 janvier 1730 en l’honneur de la naissance du Dauphin; celle du mois d’août 1739 pour le mariage d’Elisabeth de France avec Dom Philippe, infant d’Espagne. Nous rappellerons encore le souvenir du « feu royal et magnifique qui s’est tiré sur la rivière de Seine vis-à-vis du Louvre en présence de leurs Majestez, par ordre de Messieurs de la ville, pour la resjouyssance de l’entrée du Roy et de la Reine le 29 août 1660. »

          La description de ce feu royal, avec ses devises en vers, « ses peintres et ses architectures », a fait l’objet d’une plaquette de huit pages, publiée à Paris chez Jean Baptiste Loison, rue Saint Jacques, à la Croix royale. Cette plaquette qui est assez rare, porte la date de M. DC. LX et est accompagnée d’une estampe de Marot.

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