le pont de la Tournelle

LE PONT DE LA TOURNELLE

OU

DES TOURNELLES

 

                Le pont de la Tournelle tire son nom d’une tourelle carrée, construite par Philippe Auguste pour défendre, avec la tour Lauriaux ou Lauriot, élevée dans l’île Saint Louis, et celle de Billy qui était près des Célestins, l’entrée de la ville de Paris des deux côtés de la rivière de Seine. « On avait attaché à ces tours de grosses chaînes qui traversaient la rivière; ces chaînes étaient portées sur des bateaux disposés de distance en distance. » Rebâtie sous Henri II, la tourelle était abandonnée, lorsque en 1632, à la demande de Saint Vincent de Paul, qui avait établi sa congrégation dans le collège des Bons Enfants, Louis XIII et le Prévost des Marchands affectèrent la tourelle aux condamnés aux galères « jusqu’à ce que, ajoute Brice, le nombre soit suffisant pour remplir la chaîne que l’on même de temps en temps avec escorte à Marseille, où ces malheureux sont ordinairement distribuez pour le service des galères du Roi. »

            On sait qu’à cette époque les galériens étaient nourris par la charité publique. En 1639, un particulier donna 6 000£ pour leur subsistance. La tournelle cessa de servir de prison en 1790.  

            Le pont de la tournelle remonterait, d’après Sauval, à une époque très éloignée. Dans un acte qu’il cite, ce pont est indiqué sous le nom de « pont de fust de l’île Notre Dame » Il était « étoupé » par une porte, qui disparut un an après (1370). Emporté par les eaux, ce pont de fust fut remplacé, en 1620, par un pont également en bois, dont Marie obtint l’entreprise à ses dépens, moyennant « le délaissement en fonds et propriété à perpétuité de deux îles de Notre Dame ». (Contrat par le Roi à Christophe Marie, lui donnant pouvoir de faire construire à ses dépens, le pont depuis appelé le pont de la Tournelle, moyennant le délaissement en fonds et propriété à perpétuité que lui fait sa majesté, des deux isles de Notre Dame, avec l’arrêt du conseil d’état donné contre messieurs du chapitre de l’église de Paris, opposant.

            Détruit de nouveau par les glaces en 1637, il fut reconstruit encore en bois. Mais des inondations survenues en 1651 l’ayant démoli en parti, son remplacement par un pont en pierre fut décidé (1656). C’est le pont actuel.

            Il a six arches en plein cintre; Sa longueur entre les culées est de 116m.58, sa largeur, 14m.75. Sur les éperons des piles sont de petites niches couronnées d’un fronton. Des inscriptions, gravées sur les tables de marbre noir, placées sur les clefs de la première et de la dernière arche du côté du Levant, rappelaient que:

Du règne de Louis XIV

de la Prévôté de Messire

Alexandre de Sève

Prévôt des marchands, etc.

ce présent pont aà esté bâti.

             Puis, suivaient ces deux vers latins:

Œdiles recreant submersum flimine pontem,

Non est officii, sed pietatis opus

1656

             Le péage en avait été fixé comme suit: 2 deniers par personne, 6 deniers par homme à cheval12 deniers par carrosse ou chariot. (Arrêt du parlement du 10 mai 1655.)

             Pendant l’hiver très rigoureux de 1658, des inondations d’une violence extrême se produisirent, occasionnant au pont de la Tournelle des dommages importants et causant des accidents dont le registre de l’état civil de Vernon nous a conservé le pénible souvenir:

             « Ce jour, 23 février 1658, dit ce très intéressant document, la rivière de Seyne se déferma de glaces, ayant été cinq semaines glacé par la rigueur des gelées qui avaient renforcé par plusieurs depuis Noël dernier, ce qui a mis beaucoup de personnes en péril de mourir de froid, d’autres qui en sont mortes, et de là ensuivi un grand débordement d’eau en la nuit du 23e, d’où la rivière est venue jusqu’à l’image notre Dame des neiges et a commencé à diminuer sur le soir de ce 24 février 1658 et le 25 e elle a commencé à croistre à vue d’œil; le 26e est venue jusqu’au premier pilier de derrière le chapitre.

             « Le 27e, la rivière entre jusque dans cette église où s’est fait procession générale, avec exposition du Saint Sacrement, pour demander pardon à Dieu, vu que la nuit dernière sept arches du pont, par l’effort de l’eau, ont été emportées.

             Le 28e, le dernier jour de février, l’on a dit et chanté la messe de la Mère-Dieu, en la chapelle de Nostre-Dame de consolation, à l’entrée du chœur, à cause que l’eau a empêché que l’on put approcher de l’autel de la Mère-Dieu, et a environne le chœur, de sorte qu’il a été besoin de faire un établissement d’ais pour aller de la sacristie dans le chœur, et l’eau est venue jusque dans la chapelle Saint-Pierre et emporta encore ce même jour deux arches du pont et a inondé la grande rue jusqu’au marché de devant Nostre-Dame, l’Hôtel-Dieu, la rue du Pont, la rue de boucherie et la porte de l’eau jusqu’à la chapelle Saint(Pierre par derrière le chapitre. Elle a commencé à descroitre et à diminuer le 1 er jour de mars 1658.   .    .    .    .    .    .    .    .    .   .    .    .    .    .    .    .    .    .   .    .    .    .    .    .    .    .    

             « Le 6 mars, mardy gras, deux arches les plus fortes du pont tombèrent dans l’eau, et le jour des cendres, un beau moulin de Saint (Jean Guay fut aussi perdu en tombant dans l’eau. »

             En 1695, on établit une pompe au-dessous de la première arche du pont de la Tournelle, du côté de l’île Saint-Louis. Elle fut démolie en 1707. L’échelle fut posée en 1759.

             En 1777, les deux trottoirs ménagers des deux côtés des deux côtés du pont  » pour éviter aux gens de pied l’embarras des voitures » furent rétrécis par le milieu, afin de donner une plus grande largeur de chaussée.

             Nous avons dit que la porte Saint-Bernard, qui fut élevée sur les dessins de Blondel,  » qui rhabilla un ancien pavillon qui y était auparavant (Curiositez de Paris) « , avait été démolie en 1787. Ce fut un grand évènement parisien, sans être une perte pour les arts.

             En voici la description, extraite d’une étude qui a paru lors de sa démolition:

             « La corniche soutient un entablement et un attique construit en forme de piédestal.

              » Cette porte est ornée de six grandes statues qui, comme les bas-reliefs, sont de Jean Baptiste Tubi (dit le Romain). C’était un des artistes distingués du siècle de louis XIV. Il est mort en 1700. On a de lui, dans le jardin de Versailles, une figure représentant le poème épique, et, dans le jardin de Trianon, une belle copie de Laocoon.

             « Les bas-reliefs sont des allégories qui indiquent que cet endroit est le plus grand abord des marchandises qui arrivent à Paris par la seine et qu’elle reçoit des mers par son embouchure.

             « Le bas-relief du côté de la ville représente Louis XIV répandant l’abondance sur le peuples. Il est assis sur son trône. Une corne d’abondance verse ses bienfaits; la ville de Paris, désignée par le vaisseau grave sur l’écu qu’elle a devant elle, les reçoit à genoux. Derrière elle, le fleuve de la Seine, accompagné de naïades qui se réjouissent de biens qu’ils (?) reçoivent. A la droite du Roi, sont: l’abondance, qui lui présente une de ces cornes, pour la répandre encore comme la première; Mercure, le dieu du commerce, vole au-dessus d’elle; trois divinités, dont l’une présente au Roi un clef, l’autre une couronne, et la troisième, Hercule qui terrasse de sa massue l’hydre renaissant des impôts, sont à côté. Des clefs sont jetées à leurs pieds; des enfants jouent, dans le lointain, avec des balles.

             « Blondel, à qui l’on doit l’invention du sujet de ces bas-reliefs, a aussi composé les inscriptions. Au-dessus du bas-relief, dont nous venons de parler, était celle-ci accompagnée du chiffre du Roi:

Ludovico Magno

Abundantia Parta

Pref. et Edil. Poni.

CC.

Ann. R. S. H. M. DCLXXIV

              « Le bas-relief du côté du faubourg représente la Ville de Paris assise, des tritons montés sur les dauphins, et faisant raisonner des buccins, précédent un vaisseau dont les voiles enflées ont le vent en poupe, et que cependant d’autres tritons poussent encore. Les voiles sont parsemées de fleurs de lys. Louis XIV est assis au gouvernail; Vénus et l’Amour, Mercure, Iris et Zéphyre les précèdent et les suivent dans les nuages. On voit derrière un groupe des naïades et de tritons, la Seine et la Marne qui marient leurs ondes si utiles pour la navigation et le commerce.

              « Au-dessous est cette inscription:

Ludovici Magni

Providentiae

Pref. et Edil. Poni.

CC.

ANN. R. S. H. M. DCLXXIV.

*

*  *

             En 1845, le pont de la Tournelle fut l’objet de travaux d’améliorations assez importantes. « Au moyen d’arcs en fonte scellés sur les éperons formant saillie en avant des piles, on a gagné de chaque côté de ce pont l’espace des trottoirs et la circulation sur la chaussée fut ainsi rendue plus facile aux voitures. Cette chaussée  elle-même fut abaissée par l’adoucissement de sa trop grande courbe. Enfin, une grille à hauteur d’appui remplaça les parapets de pierre.

             Malheureusement ces travaux firent disparaitre les gracieuses niches et colonnettes qui ornaient la partie supérieure des piles du pont.

            Le quai, qui était à l’état de berge, fut construit à la même époque.

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