Les variation du costume féminin

Les variations du costume féminin

La manche, ses hauts et ses bas à travers les âges

La manche est, dans le costume de la femme, une des parties les plus caractéristiques et aussi les plus étrangement variables. Que seront les manches de demain? Mais où sont les manches d’antan? Rien de plus curieux que de rappeler quelles formes, souvent bizarres, parfois extravagantes, à prises la manche à travers le cours des âges et à quelles excentricités a pu aboutir le goût du changement à tout prix. Cette revue, en même temps qu’elle nous offre un raccourci de l’histoire des mœurs, est une amusante promenade à travers les caprices de la fantaisie féminine.

Etroite comme un fourreau ou évasées comme un ballon; aussi courtes qu’une épaulette de la longueur d’une traîne; simples et collantes comme un maillot ou compliquées à plaisir de fanfreluches; ornés de broderies ou de fourrures, égayées de dentelles ou de rubans, enrichies de bijoux, de pierres et de métaux précieux, les manches, depuis le 5° siècle, ont passé par tant de transformations, elles se sont tant de fois élargies, aplaties, enflées, dégonflées, que l’on peut dire d’elles qu’elles ont suivi l’éternelle loi de la mode, celle d’un perpétuel recommencement.

Du temps que la reine Berthe filait, la femme, retenue derrière les murs épais du château, portait un costume austère. Elle s’enveloppait alors dans le bliaud, dont les manches garnies de frézeaux, sorte de plissé très fin, et d’orfrois, galons plats en or, de fabrication orientale, retombent, larges et longues La longueur de la manche est signe de noblesse: plus la manche est longue et plus noble est la dame. Aussi la manche s’allonge-t-elle tant et si bien qu’elle devient encombrante et qu’il faut la porter sur le bras ou la laisser pendre en aileron.

Cette manche interminable n’est plus qu’un ornement. La véritable manche, celle qui enferme le bras, est celle de la cotte. Elle est devenue, celle-ci, tellement collante, qu’on n’y peut plus passer la main à l’endroit du poignet. Alors on invente de faire coudre sur le bras c’est étui chaque fois que l’on s’habille.

Déjà la femme ne se confine plus, comme au temps jadis, dans le fond de son château. Elle commence à présider à la vie de société, elle assiste aux tournois; et là, dans le transport de l’enthousiasme, n’ayant pas comme nous un éventail ou des fleurs à jeter au triomphateur, elle arrache sa manche légèrement cousu et la lance d’ans l’arène. Suit-elle par les vallons et par les bois quelque chasse au faucon, elle enroule autour de son bras les longues manches de la robe à chevaucher. Assiste-t-elle à quelques cérémonies, elle porte la cotte hardie cotte mie partie aux armes de la famille dont elle est issue et mi partie aux armes de son seigneur de maitre. On est tout de suite renseigné.

« Dites-moi, sire de Montluçon, qui vous voyez advenir en arroi de noble dame?

– Elle porte aux manches fleur de lys sur champ de sable et dauphin sur champ de gueules.

– C’est donc madame Anne, dauphine d’Auvergne. »

Cela supprime les longueurs de la présentation. Peu à peu ces manches longues, pendantes, encombrantes, disparaissent, laissant le bras complètement dégagé. Maintenant la manche suit la forme du bras et se prolonge presque sur la main: c’est la moufle, qui ne laisse paraître que les doigts. La moufle donne l’idée d’enfermer la main complètement par une invention qui tient du manchon et du gant: c’est la manche avec miton. Puis la moufle se retourne: c’est le principe du rebras. Le rebras n’est, en effet, que le retour de la manche sur elle-même, destiné à montrer une doublure de fourrure ou d’étoffe luxueuse différente de celle de la manche. Nous en avons fait le « parement ». Depuis le rebras modéré de la manche de 1450,jusqu’à celui de la large manche que portent Anne de Bretagne et Claude de France au commencement du XVIe siècle, tous ces rebras sont d’hermine , de martre, de gris ou de vair, ce vair légendaire dont fur faite, raconte la légende, la pantoufle de Cendrillon. Jamais de fausse fourrure: la corporation es pelletiers et fourreurs s’y opposait. On imagine, par ce détail, ce que pouvait couter la garde-robe d’une grande dame ou d’une riche bourgeoise.

Les guerres d’Italie ont sur les manches, comme sur tout le costume, une influence essentielle. On porte une chemise délicatement brodée; on en montre l’encolure et les manches qu’on ce contente de recouvrir en haut et en bas de deux mancherons que un ruban relie l’un à l’autre. Le pète Clément Marot nous dépeint ainsi la jolie Parisienne en 1520.

0 mon Dieu qu’elle estoit contente

De sa personne ce jour-là!

Elle vous avoit un corset

D’un fin bleu lacé d’un lacet

Jaune, qu’elle avait fait exprès.

Elle vous avoit puis après

Mancherons d’escarlatte verte,

Robe de pers large et ouverte.

C’est l’origine de la manche à crevés, qui va avoir pendant tout le XVIe siècle une si brillante histoire. Les manches de chemises faites en toile de Flandre sont par elles-mêmes volumineuses et exigent une manche de robe bouffante et large; mais on veut montrer la toile belle et si finement brodée dont est faite la chemise. Qu’à cela ne tienne! on « crèvera » tout du long et par places le velours et le damas.

Bientôt il sembla que la vue de la chemise de toile, quelque jolie quelle fût, n’était pas encore assez magnifique et, dès 1530, un chroniqueur nous apprend que la reine Eléonore, seconde femme de François 1er, a une robe de « et la manche velours cramoisi doublée de taffetas blanc bouffant aux manches, au lieu de la chemise ». Les princesses de Médicis varièrent à l’infini les effets d’ampleur et de faste de ces manches, et en rehaussèrent encore la splendeur en y rajoutant un vaste et riche aileron. Il faut se représenter ce costume s’harmonisant avec le luxe des fêtes et la manches prêtant sa grâce imposante aux gestes arrondis de la pavane.

Aux premières années du XVIIe siècle on porte encore des manches bouillonnées se prêtant à toute sorte de variantes. L’effet imposant du costume tourne à la lourdeur. La vertugade élargissant les hanches fait paraître la femme telle qu’une coupole disgracieuse. Sous louis XIII la vertugale disparait, la femme porte la jupe ample et aisée dite robe à la commodité. Plus de collerettes ni de fraise, mais le fichu ajusté de quintin, la manchette plate ornée de point-coupé et de guipures de Gênes et de Venise. Habillée de la hongreline à la vaste manche masculine, la belle contemporaine de Richelieu se lance dans les intrigues, les conspirations, les folles équipées.

Cette ardeur s’apaise; les Précieuses inaugurent la vie de salon. On se fait souriante, gracieuse, on montre son bras. Disons plutôt son avant-bras, car le haut reste couvert. Mais quelle nouveauté! C’est la première fois, depuis l’antiquité, qu’on montre plus haut que son poignet. Ornée en largeur de bouillons, de nœuds, de rubans, de dentelles légères, point d’Alençon, point d’Angleterre, la manche, suivant la tendance qui lui est propre, allait en grossissant, s’enflant, s’exagérant sans cesse. Louis XIV, qui était homme de bon sens déclara « qu’il fallait en finir avec les extravagances ». L’effet de ce mot fut magique. En 1665, à l’occasion du deuil de cour porté à la mort de l’empereur Léopold, toutes les manches furent plates.

Le tour de manche, s’arrêtant au coude, fait de dentelles tombantes, s’accorde avec la fontange élève la coiffure et les criardes qui font bouffer la robe, pour donner à l’ensemble de la toilette ce caractère de majesté un peu compassée qui marque la fin du règne du Grand Roi.

Voici le XVIIIe siècle; il ne s’agit plus de solennité: il faut être pimpante, agaçante, irrésistible. Les tours de manche deviennent les engageante, et les d’Alençon, de Malines, de Valenciennes, s’enroulent autour du bras avec profusion, et pourtant avec grâce. Cent mètres de point entraient facilement dans une paire de manches. La reine Marie Leczinska dans tous ses portraits nous apparait avec ces manches si riches et si légères. C’est une reine encore, l’infortunée Marie Antoinette, qui nous montre une des plus jolies manches que nous puissions copier: simple, elle s’harmonise avec l’ingénuité du fichu pour les fêtes champêtres du Trianon.

L’ancien régime disparait et avec lui on rejette falbalas, paniers, corps baleinés. La Grèce et Rome sont à la mode. On parodie leurs vertus héroïques, pour copier ensuite leur facilité de mœurs. Au temps du Directoire, les péplos à la grecque, transparent et léger, découvre le bras tout entier. La manche des Merveilleuses consiste précisément dans l’absence de manches. Essayait on de couvrir son bras, si timidement que se fût, c’était avouer qu’on avait un vilain bras: cela s’appelait la manche à l’hypocrite. L’impératrice Joséphine, sur le portrait de Prud’hon nous a laissé d’elle, ne porte pas de manches. L’impératrice Marie Louise habille le haut de son bras d’un bouffant disgracieux qui s’arrête à peu près au niveau de la ceinture Empire.

Cette forme unique ce continue avec peu de variations jusqu’en 1820. A partir de cette époque elle s’enfle pour s’appeler la manche à gigot, qui donne une physionomie si caractéristique au costume de la restauration et de Louis Philippe. Elle se dégonfle et devient toute plate en 1848; elle s’élargie et s’évase, pour devenir vers 1860 la manche pagode et la manche à la juive. Sous la Troisième République, en même temps que s’installe la mode des sports, on adopte le jersey à la manche collante comme celle du maillot, manche souple et pratique.

Depuis, on pourrait dire que la mode a fait la revue des manches historiques. Dans l’espace de vingt années elles ont passé devant nos yeux avec la rapidité d’un caléidoscope. Il est impossible de rendre une manche moderne sans retrouver son original dans le temps passés. C’est le signe d’une époque plus érudite qu’inventrice, et plus intelligente et curieuse que vraiment créatrice.

Amusantes par leur continuel mouvement de va-et-vient, les manches suivent elles dans leurs incessantes variations certaines lois? On peut en indiquer deux. L’une est le besoin que nous avons de pousser chaque invention nouvelle jusqu’au point où, en s’exagérant, elle se rend inacceptable. L’autre veut qu’au bout de quelque temps nous fassions le contraire de ce que nous avons fait, non parce que cela est meilleur, ou plus beau, mais parce que c’est le contraire.

Quelle nouvelle combinaison ou quelle trouvaille inédite nous réserve la saison qui commence? Mais, puisque nous vivons dans un temps de liberté individuelle, pourquoi chacune de nous ne choisirait elle pas dans la multiplicité des formes déjà parues et dans l’abondante galerie historique la manche qui lui serait le mieux? Le bras grêle s’entourerait de la manche Renaissance, atténuée avec tact. Le poignet et l’avant-bras bien rond s’émergeraient des tours de manche du XVIIe siècle ou des engageantes du XVIIIe. Le bras parfait se montrerait tout entier avec l’épaulette légère du temps de Joséphine, décemment augmentée. N’est-il pas absurde que nous subissions toutes l’uniforme imposé par telle de nos contemporaines qui peut être n’a choisi une mode plutôt qu’une autre qu’afin de dissimuler une imperfection et de remédier à une disgrâce de la nature? Ne croyez pas que ces différences individuelles donneraient à nos réunions un aspect trop bariolé. Cela est affaire de tact et de mesure. Il s’agit de réserver la personnalité en tenant compte du cadre général. Et, pour réaliser un ensemble d’une élégance harmonieuse, on peut s’en rapporter au goût des femmes de France.

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