Domicilies sur les toit de Paris

DOMICILIES SUR LES TOITS DE PARIS

 

Tandis que nous trottinons sur le sol, à l’instar des fourmis, il existe des gens qui, sans être couvreurs de profession, passent leur vie au-dessus de nos têtes sur le faîte de nos monuments, entre le sol et les nuages: ils y ont leur habitation, ils y donnent leur adresse ! Une visite à ces extraordinaires «hommes des toits » nous réservera plus d’une surprise. Avez-vous de bonnes jambes, êtes-vous cuirassés contre le vertige ? Venez donc avec nous et grimpons de compagnie vers ces personnages singuliers, qui occupent…de si hautes situations !

 

Les derniers successeurs de Quasimodo

Dans un de ses meilleurs romans, En route, J.K. Huysmans raconte  la visite que font au sonneur de Saint-Sulpice les deux héros du livre : «Ils s’engouffrèrent dans un corridor qu’éclairait un petit lumignon d’essence, pendu à un clou, puis longtemps il grimpèrent dans les ténèbres. Une lueur rougeoya sur le tournant du mur: c’était un quinquet devant une porte. «Venez, dis le sonneur, je vais vous faire visiter mon petit domaine.»

«Ils s’avancèrent dans une immense remise qui contenait des statues colossales et cassées de saints, des apôtres patraques et lépreux, des saint Mathieu amputés d’une jambe et perclus d’un bras. Puis ils passèrent dans le logis proprement dit : c’était une pièce énorme, taillé en pleine pierre, voûté comme une cave, et éclairée, près du plafond, par une fenêtre en demi-roue.

«Vous  êtes joliment bien ici, dit Durtal.

_ Oui dit le sonneur. Les rues d’en bas me lassent. Ça me brouille quand je mets les pieds dehors…….»

Ils sont, en effet, quelques-uns parmi nos contemporains qui, habitant coutumièrement dans les hauteurs, ont perdu l’habitude de marcher sur la chaussée de nos rues, à ras le sol. Le premier de tous est le sonneur de cloches niché dans son clocher, en compagnie des corneilles croassantes, des chouettes et des hiboux. Comme ses cloches bien-aimées, et enfin de las avoir sous la main, à toute heure du jour, il a là son gîte, un petit taudis, bien étroit parfois, où tient juste son grabat et que visitent pluies et vents.

A Paris, à Notre-Dame, le vieux sonneur Herbert, mort il y a quelques années à peine, avait, au milieu des formidables armatures de fer qui soutiennent les cloches, parmi les ogives et les trèfles de granit, installé un atelier de reliure où il travaillait, coiffé d’un képi de troupier, en société de son chat Kiki, dit Quasimodo. Ses

Tours et les toits de la cathédrale, où il faisait des rondes à la nuit tombante, avec une lanterne d’écurie, étaient véritablement son domaine. Il connaissait toutes les bêtes des gargouilles, il était le familier de cette ménagerie fantastique de goules, de chimères et de dragon: quand il passait, il les caressait de la main, et il semblait que l’on vît tous ces mufles de pierre se pencher familièrement vers lui.

A Saint-Malo, dans la ruelle qui longe le flanc gauche de la cathédrale, s’ouvre une petite porte ; tirez un cordon, ainsi qu’un écriteau vous le recommande, puis entrez et montes. Bientôt un bruit de marteau frappe votre oreille. C’est le sonneur qui, durant ses loisirs, fabrique des souliers, bat le cuir, et que vous ne tardez pas à trouver dans son échoppe aérienne, situé à la base de la flèche de pierre magnifique qui domine la terre et la mer.

Dehors, la tempête hurle, la mer boursoufle ses vagues et les écueils, la sirène des navires clame désespérément. Mais notre homme, au milieu de ses peaux et de ses alènes, planes au-dessus des flots, des écueils, des navires et des phares, et remets paisiblement des contreforts et des talons aux souliers de ses concitoyens.

Ce genre de vie a tenté certains amateurs. Le plus connu d’entre eux est Mérovak, «l’homme des cathédrale», dessinateur et écrivain de talent. Enveloppé d’un vaste manteau noir, aux longs plis, à revers de pourpre, et coiffé d’un feutre à la Rubens, avec un petit plumet –costume qui le fait aussitôt reconnaître- il a vécu sur les tours et dans les clochers de presque toute les églises de France: Notre-Dame de Paris n’a plus pour lui de secret. Se perdant, à l’instar des artistes du Moyen-âge, dans la contemplation infinie de ses œuvres superbes de la foi qui fusent vers le ciel, il leur demande la même inspiration, que son crayon traduit ensuite en forêts d’architectures fantastiques.

 

Bons bourgeois, reposez en paix!

Un autre personnage naguère était aussi populaire sue le sonneur. C’est celui dont il est question dans ce refrain d’une très ancienne chanson:

V’là la midi qui sonne

Gallus ! S’déboutonne.

V’là là midi sonnée :

Gallus raboutonné.

Qu’est-ce que Gallus? –La suite de la chanson va nous l’apprendre :

Gallus, c’est, j’crois, un mot latin,

Désignant, si j’mis connais bien,

Un personnage qui demeure

Dans un clocher pour sonner l’heure,

Et réveiller les habitants

Qui sommeille dans leur logements.

Partout, jadis, au Moyen-âge, cet antique veilleur, célébré par une foule de refrains populaires, était placé en sentinelle au-dessus des villes, dans le beffroi de la maison commune ou sur la plate-forme des tours des églises. A son de trompe ou d’olifant, il annonçait le lever du jour et le coucher du soleil. Sil  apercevait dans la campagne, aux portes de la ville, une bande armée de pillards, il agitait une cloche, et faisait baisser le pont-levis. Le soir, après le couvre-feu, lorsque chacun devait être rentré chez soi, il signalait les voleurs qui rôdaient dans les rues.

Les Gallus n’ont pas encore, aujourd’hui, complètement disparu. On en trouve en Espagne, en Alsace, en France même dans nos provinces du nord.

A Cambrai, ils sont au nombre de quatre, et la ville inscrit à son budget, pour leur entretien annuel, une somme de 2000 francs. Ils logent, depuis cinq siècles, à l’intérieur de la tour de l’église Saint-Martin, qui s’élève au-dessus de la vieille ville, «la Cité d’autrefois», comme on l’appelle, et habite une chambre ronde, percée de quatre fenêtres en forme d’œil de bœuf, vulgairement appelée la «gaïole». Par ces fenêtres, à cinquante mètres au-dessus du sol, ils doivent observer perpétuellement s’il ne se passe rien d’insolite dans la ville et les faubourgs: ils occupent leur poste deux par deux, en alternant toute les six heures. Afin de prouver que leur surveillance n’est pas en défaut, ils frappent  sur deux cloches les heures et les demies, après qu’elles ont été sonnées par l’horloge de l’hôtel de ville. De onze heures du soir à trois heures et demie du matin, c’est à son de trompe qu’ils annoncent les heures.

S’ils aperçoivent un incendie, ils battent le tocsin. Le nombre des coups, convenu d’avance, indique le quartier où a éclaté le sinistre. Si l’incendie se produit la nuit, le Gallus place une lanterne à côté du beffroi qui regarde le feu, puis, saisissant un porte-voix, des quatre coins de la tour, il crie, d’une voix de stentor, le nom de la rue.

Tandis que, parmi les sonneurs, plusieurs deviennent sourds par suite de l’incessante résonance du bronze, chez les veilleurs au contraire, l’acuité de l’ouïe et de la vue, les deux seules facultés qui soient chez eux en exercice, se développe merveilleusement. De son poste, le veilleur peut distinguer et identifier les gens qui passent dans la rue ; chacune de ces fourmis a son allure propre, qu’il ne confond pas avec les autres. Rien de ce que peut embrasser son rayon visuel ne lui échappe ; tout bruit insolite lui fait dresser l’oreille: il entend jusqu’au marteau qu’un couvreur laisse tomber d’un toit, jusqu’à la chute d’un cheval qui s’abat sur le pavé. Et cette observation perpétuelle, qui devient chez lui une seconde nature, lui meuble les longues heures de sa solitude.

 

Des casernes aériennes.

On prétend que les vieux usages disparaissent : il serait plus juste de dire qu’ils se continuent en se transformant. C’est ainsi que Paris possède encore ses escouades de veilleurs.

Tout le monde connaît le petit campanile octogonal, à toiture ronde, qui se trouve au-dessus des guichets du Carrousel, face à la rue du Rohan. Munis d’une autorisation en règle, et montrant patte blanche, ascensionnons jusque-là. Nous y trouverons, sous les comble, une pittoresque caserne, composée de plusieurs salles, contenant chacune trois ou quatre lits de camp et des agrès de gymnastique, trapèze et anneaux: il y a aussi une cuisine avec une large table recouverte d’une toile cirée noire. Il est midi. Une partie des lits sont vide; dans les autres, des hommes qui dorment. Nous sommes au poste des veilleurs du Ministère des finances.

Au nombre de treize onze titulaires et deux auxiliaires, sous la direction d’un sergent, ils sont choisis parmi d’anciens pompiers. Vêtus d’un uniforme de drap bleu, ils ont la charge d’observer, d’une part, si quelque hardi malfaiteur ne tente pas de s’introduire, par les toits, dans le ministère, et, d’autre part, si aucun incendie ne se déclare. Au moindre feu de cheminée, ils courent l’éteindre avec une bâche mouillée, avant que le sinistre ait eu le temps de se propager. Durant la nuit, ils font également des rondes dans les vastes corridors de l’édifice, accompagnés chacun d’un soldat de ligne, emprunté au poste militaire du rez-de–chaussée, et qui porte un falot.

Pour marquer qu’ils ne dorment point pendant leurs heures de veille, ils ne répètent plus, comme jadis, sur une cloche, les heures qui sonnent, mais ils pointent un cadran, fermé à clef, et que le sergent vérifie chaque matin.

Durant leurs heures de repos, ils lavent leurs linges sur le petit balcon du campanile, et y cultivent, dans des caisses, des salades et des radis. L’été, lorsque le soleil ! qui frappe sur le toit rend la chaleur intolérable dans leur chambrée, ils montent leur couverture sur le balcon et y font la sieste; souvent même ils y dorment, la nuit, à la belle étoile.

De leur belvédère, ils planent d’un côté sur le Carrousel, de l’autre sur la rue de Rivoli, bordée des Tuileries, sur l’avenue de l’Opéra et sur la rue de Richelieu, qui semblent deux longs sillons taillés à travers.

Aux premières loges pour assister aux grands incendies de la capitale, ils ont vu, en face d’eux, il y a huit ans, brûler la Comédie-Française: durant l’incendie de l’Opéra-comique, le vent leur apportait des morceaux de partitions brûlées.

Tandis que nous causons avec le sergent qui nous donne ces détails, et qu’en dessous de nous grouille la fourmilière humaine, un rayon violent de lumière, éclat de soleil se reflétant sur une vitre, vient frapper notre regard par-delà les toits environnants.

«Ce sont des confrères qui habitent là-bas, nous dit notre interlocuteur, et ce que vous apercevez est le kiosque-vigie de la Banque de France.»

Nous nous y rendons. Ce n’est que par rare faveur, et dûment accompagné, que nous avons obtenu d’accéder au Kiosque vitré sur ses quatre faces, comme une lanterne, du haut duquel six veilleurs exercent sur le coffre-fort de notre richesse nationale une surveillance de tous les instants. Toute la toiture, divisée, en sections par de redoutables herses de fer, dont les crocs aigus se découpent sur le ciel, est curieusement aménagée en chemin de ronde, qui permettent aux deux couples de veilleurs de service de passer partout, de ne pas laisser le moindre coin inexploré. Le plus faible bruit -celui même d’un carreau cassé- doit avoir aussitôt sa cause connu et expliquée. De petites marches grimpent jusqu’aux plus hautes faîtes; des rampes courent entre les tuyaux de cheminées et de girouettes.

Les veilleurs de la Banques sont, comme ceux des Finances, choisis parmi d’anciens pompiers, d’une fidélité éprouvée. Car le feu est à craindre autant que les voleurs, et tout un matériel d’incendie, avec d’énormes prises d’eau, permet d’inonder les toits à la moindre étincelle. Un service de garde semblable fonctionne sur la succursale de la place Ventadour, et reliés par téléphone.

Un peu plus loin, boulevard des italiens, d’autres veilleurs sont en vedettes sur les toits du Crédit Lyonnais; d’autres encore circulent sur la plupart des grands magasins de nouveautés de la capitale.

 

La garde qui veille…… Aux toitures du Louvre – Un drame du patriotisme

               Mais l’homme de Paris qui règne sur le plus beau toit est incontestablement le plombier du Louvre.

En partie recouverts d’épaisses lames de plomb, où le pied mord en sûreté, les toits de l’ancien et immense palais de nos rois ne couvrent pas moins de 40 000 mètres carrés – 4 hectares ! C’est une véritable ville aérienne, avec des tourelles, des ravins encaissés entre les balustres, des à-pic profonds et vertigineux, de vastes terrasses ensoleillées, donnant des impressions d’Orient, et au pied desquelles coule la Seine, pareille à un long ruban d’argent. Les cheneaux qui y servent de sentiers et qui drainent les eaux pluviales courent sur une longueur de six kilomètres!

A la fois artisan et vigie, logé sur les lieux même pour la surveillance et l’entretien de ces toits formidables, le maître plombier du Louvre passe ses jours à cheminer là-haut, remettant ici une ardoise tombée, ressoudant là un tuyau crevé par la vétusté ou la gelée, recevant parfois l’ordre de donner un coup de balai général, pour lequel il mobilise tous ses hommes, et qui dure un mois.

Sur la plus belle de ses terrasses au-dessus de la colonnade de Perrault qui fait face à Saint-Germain-L’auxerrois, un peu en retrait de la rue, il possède, à l’instar de Sémiramis, ses jardins suspendus. Dans des caisses de bois, alignées à la file et soigneusement «fumées» chaque printemps, croît toute une végétation d’aloès, de cactus et d’arbres fruitiers. Il y a des cerisiers et des pommiers, des cassis et des groseilliers, et surtout une treille de chasselas qui donne, les bonnes années, jusqu’à 20 kilos d’un superbe raisin, juteux, sucré et doré. Cette treille est, en son genre, une des célébrités de Paris; on en a vu les produits figurer chez Potel et Chabot, et faire prime, à 6 et 8 francs le kilo, parfois plus, assure-t-on.

Cette pépinière en miniature fut installée, il y a trente ans, par le père Leblanc, le prédécesseur du titulaire actuel qui en a hérité.

Quelques années auparavant, le 2 mars 1871, ce même toit avait le théâtre, d’une scène tragique, que nous conte ainsi M. Georges Cain: «Ce jour –là, les prussiens devaient faire leur entrée dans Paris dompté par la famine. Un vieux peintre de talent, un patriote de l’école de Charlet et des Raffet, était alors conservateur, au Louvre, du musée de la Marine. Il se nommait Morel-Fatio. Déjà très éprouvé par les tortures morales et physiques du siège, il parut, le matin de cette date fatale, particulièrement nerveux et désespéré. On ne le vit pas de la journée, et, le soir venu, il ne reparut pas au logis. Inquiet, son fils se mis à sa recherche avec quelques gardiens, mais vainement on l’appela dans toutes les salles du musée. Alors l’idée, vint de le chercher sur les toits, où il aimait à se promener parfois. On le retrouva en effet, sur la grande terrasse, contre les balustres….Il était mort, et son corps glacé déjà. Tout ce que pu faire le médecin fut de constater qu’il avait été foudroyé par une congestion cérébrale – et que la mort remontait à l’heure précise ou le malheureux avait dû voir, du haut de son belvédère, les prussiens entrer dans la capitale.»

 

Dangereux alpinisme en plein Paris 

         Pour faire habiter un homme sur les hauteurs, parlez-nous encore de la météorologie! Pas une tour où elle s’empresse d’installer ses adeptes. A la tour Saint Jacques, toutes les trois heures, un employé doit monter au sommet de la tour – 54 mètres au-dessus du sol et 308 marches _ pour relever les indications des appareils enregistreurs. Ces indications, téléphonées ensuite aux journaux, renseigneront les Parisiens sur le temps probable qu’il fera le lendemain.

Mais ce n’est rien à côté de ce qui se passe à la tour Eiffel. L’hiver est venu ; les ascenseurs cessent de fonctionner ; toute la tour ne sera plus, pendant de longs mois, qu’une carcasse de fer, vide et morte, qui se perd dans les brouillards, les frimas et les nuées.

Quel est donc alors – regardez-les! – cet infortuné, qui, comme un imperceptible ciron, grimpe vers le faîte tourmenteux de la morne ossature ? Avec une lunette on le distingue à peine, le dos courbé sous les rafales; il monte, monte toujours… Cet homme, c’est l’employé du bureau central météorologique.

En effet, à différentes hauteurs de la tour, sous de petits abris à persiennes, et à son plus haut sommet, près du drapeau, sont installés plusieurs appareils enregistreurs, reliés par des fils électriques avec le bureau météorologique de la rue de l’Université, mais dont il faut, plusieurs fois par semaine, allé vérifier sur place le bon fonctionnement.

Tant que dure la belle saison, les ascenseurs fonctionnent; mais, l’hiver, il faut monter à pied. Ce sont 347marches jusqu’à la première plate – forme, 674 jusqu’à la deuxième, 1 130 jusqu’au relais intermédiaire et 1585 jusqu’au troisième étage: 1 585 marches ! Se figure-t-on, à côté de 300 à 400 marches de nos tours de cathédrales, ce que ce chiffres a d’effrayant? Le plus entraîné des deux employés chargés de ce service fait l’ascension d’un seul trait, sans arrêt ? 40minutes; Si le vent souffle un peu fort, il lui faut 50 minutes ou même 1 heure, toujours à condition de monter sans arrêt. S’il y a demi-tempête, la montée doit se faire à la force du poignet autant qu’avec le jarret, et peut durer deux ou trois heures. Autant pour descendre – avec plus de danger, bien entendu, car alors on a le vide devant soi, et la tête qui tourne. S’il y a tempête, ou si le brouillard, en se congelant, couvre, à mesure que l’on s’élève, l’escalier de verglas, aucun être humain qui puisse continuer. La tour Eiffel devient aussi inaccessible que le Mont Blanc.

Mais ce n’est pas tout. Les 1 585 marches de l’escalier fantastique n’amènent notre homme qu’à la plate-forme de 276 mètres, à celle où s’arrête l’ascension du public. Il reste, dans les arcs-boutants cintrés du sommet, 25 mètres à franchir – les plus terribles.

L’escalier, maintenant, tourne à l’échelle. C’est une sorte de passerelle de navire lancée dans le vide. Par un curieux effet d’optique, l’allongement fusiforme de la tour semble la faire disparaître sous nos pieds. Le Champs de Mars apparaît seul, en un précipice insondable. C’est un passage des plus périlleux; d’autant, que par une mesure inexplicable, on a fait à cette passerelle vertigineuse l’économie d’une de ses deux rampes.

Ce fil d’araignée aboutit ensuite à un tube, pareil à un gros tuyau de cheminée. Dans se tuyau, qui est au moins un abri, il y a des échelons en mat de perroquet, où l’on se hisse à pieds, des mains et des épaules. On passe près des hublots et des projecteurs du phare, et l’on débouche enfin dans les nuées, sur un petit balcon circulaire, où fonctionnent les appareils, à 301 mètres exactement au-dessus du sol. C’est, on le sait, le plus haut sommet élevé par la main des hommes ce toit minuscule est le plus haut toit du monde.

Alors notre ascensionniste prend un carnet, y relève ses observations, remonte et vérifie ses instruments, puis, avec la même patience, redescend vers la terre, poursuivi parfois par un orage soudain, qui fait crépiter toute la tour…. Ainsi, à travers les siècles, du beffroi gothique à la tour de fer, la vie se renouvelle sans rien perdre de son pittoresque, et celui qui connaît de la civilisation rivalise en étrangeté avec celui du passé.

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