Quand tous le monde aura des ailes 2

AUX GRANDES MANŒUVRES DE 1920

                25 septembre 1920 – Hier, pendant le combat qui clôtura les manœuvres, le dirigeable Colonel Renard a accompli un raid des plus remarquables.

                A 5 heures du matin, les avant postes du parti A avaient été attaqués par des détachements de cavalerie du parti B et l’alerte avait été donné immédiatement dans les cantonnements : le général en chef de l’armée A se rendit bientôt compte que les positions occupées la veille au soir par les troupes adverses, et que les deux aéronats avaient soigneusement reconnues à la chute du jour, avaient été changées pendant la nuit : l’armée B, en effet, avait exécuté une marche de nuit dont le résultat était de couper à l’armée A ses communications avec Paris, qu’elle devait protéger.

                Ordre est aussitôt donné au Colonel Renard de reconnaître les nouvelle positions. Filant alors à toute vitesse, l’aéronat parcourt en moins de trois quarts d’heure tout le terrain occupé par l’ennemi, repère sur la carte d’état-major les emplacements et l’importance des forces adverses, rapporte ces renseignements au quartier général et, chargé d’une nouvelle mission – l’armée A  étant supposée privée de ses communications avec la capitale – porte à Paris même un pli du général en chef.

                En trois quarts d’heure, il parcourt les 106 kilomètres qui le sépare de cette ville et ; moins de trois heures après son départ, il rapportait au général en chef des instructions de Paris.

L’ENTHOUSIASME A LA REVUE DU 14 JUILLET

                14 JUILLET 1925 – L’application de l’air liquide au refroidissement des moteurs à pétroles a tellement réduit  le poids de ceux-ci en supprimant la provision d’eau nécessaire, si diminuée déjà par la pulvérisation, ce que perfectionnement, qui date à peine de six ans, a complètement révolutionné les conditions de la navigation aérienne. Cependant il fallait la grandiose manifestation aéronautique à laquelle nous venons d’assister pour convaincre le public des progrès accomplis.

                La présence, à la revue, des vingt dirigeables qui constituent la troisième escadre de notre puissante flotte aérienne, a soulevé dans la France entière un enthousiasme dont l’écho vibrera longtemps dans tous les cœurs.

      Aucune puissance au monde ne peut montrer une force aérienne comparable. Depuis la catastrophe qui, il y a huit ans, a causé la perte du Deustschanld, emporté par la tempête dont il était le jouet et qui l’a brisé sur les contreforts des Vosges, l’Allemagne à définitivement abandonné le gros ballons à carcasse rigide ; mais elle a eu beau dépenser des millions pour constituer sa flotte aérienne, son matériel aéronautique est loin de valoir le nôtre.

Aussi fut-ce avec un légitime orgueil que deux millions de spectateurs entassés à Longchamp, à Saint Cloud, à Boulogne, à Sèvres, à Meudon, saluèrent de leurs hurrahs retentissants le défilé superbe de ces vingt aéronats gigantesques : sous les feux d’un soleil radieux, ils voguaient alignés par quatre de front, en faisant flotter, fièrement le pavillon français à trois cents mètres d’altitude !

Et lorsque, pour terminer la revue, après une manœuvre d’ensemble aux évolutions compliquées, les vingt dirigeables, s’étant alignés devant la tribune du chef d’Etat, sont partis tous ensemble, à la vitesse de 90 kilomètres à l’heure, dans la direction de l’Est, l’enthousiasme du public a atteint son paroxysme ! Beaucoup d’assistants ne pouvaient retenir les larmes d’émotion à laquelle ils étaient en proie amenait à leurs yeux.

LES GRANDES COMPAGNIES DE NAVIGATION AÉRIENNE.

            16 Février 1927 – Au moment où vient devant le Parlement la question du rachat par l’Etat des compagnies de navigation aérienne, nos lecteur nous sauront gré de leur rappeler l’historique de la question.

                C’est, on s’en souvient, en 1916 qu’à été fondée la première entreprise de transports aériens : le 1er juin de cette année, la ligne P.L.M., réservant pour le seul transport des marchandises l’usage de la voie ferrée, inaugura pour les voyageurs la ligne Paris-Lyon-Marseille qui comporte aujourd’hui six aéronats de 8000 mètres cubes, faisant la traversée en douze heures avec escale de deux heures à Lyon.

                Puis, en 1918, la compagnie d’Orléans créait une ligne aérienne Paris –Bordeaux. Les compagnies qui ont établi ces lignes régulières ont tout un programme de création de lignes nouvelles entre Paris et les grandes villes de France : avant peu d’années, notre pays sera couvert d’un réseau complet de voies aériennes.

                Les compagnies ont eu recours exclusivement à l’emploi des dirigeables. Elles ont dû, pour assurer les services, créer tout d’abord à Paris un port destiné à abriter ses aéronats : c’est sur l’emplacement de l’ancien Champ de Mars qu’est établi ce port aérien, le premier du monde entier par son importance et la perfection de son organisation et de son outillage. De vastes hangars ont été édifiés, sous lesquels les aéronats trouvent  un abri défiant les intempéries ; ils sont disposés en cercle autour d’une immense esplanade qui sert de terrain de manœuvres pour les départs et les atterrissages. Dans chaque hangar se trouvent les magasins destinés à recevoir les marchandises et les approvisionnements de toute sorte, ainsi que les prises de gaz pour le ravitaillement en hydrogène pur fabriqué dans l’usine construite à l’extrémité du Champ de Mars, auprès des berges de la Seine.

                 Rien n’est curieux comme l’atterrissage d’un de ces gros aéronats : aussitôt qu’il arrive au- dessus du port, un hélicoptère s’élance à sa rencontre, saisit une amarre qui lui est lancée et revient à terre avec le câble ; celui-ci est immédiatement enroulé sur un treuil électrique qui amène doucement l’aéronat jusque dans son garage.

                 Les hélicoptères ; ces légères machines qui se soutiennent et se dirigent dans l’air à l’aide de leurs seules hélices, sont en effet devenus d’un emploi courant, bien qu’ils n’aient pas répondu entièrement aux espérances de leurs promoteurs ; s’ils sont incomparables pour s’élever verticalement, se maintenir en l’air et redescendre aussi doucement que possible, ils se sont montrés inférieurs aux autres appareils d’aviation pour la navigation aérienne proprement dite.

                 Ils ont donc trouvé une application immédiate pour les manœuvres des ports : ce sont les canots de l’océan aérien, et tous les grands aéronats modernes ont à bord un ou deux de ces petits hélicoptères qui leur rendent de grands services.

                 Devant les merveilleux résultats obtenus  par l’industrie privée, on peut se demander si la régie par l’Etat aussi d’heureux effets. Pour notre part, nous avons beaucoup de peine à le croire.

LE QUARANTIEME SALON DE L’AERO-CLUB

                1er mai 1950- C’était hier l’ouverture du Salon annuel de l’Aéro-club qui se tient, cette année, sur le vaste plateau de Satory. Il n’était plus possible de se contenter du terrain d’Issy, devenu beaucoup trop étroit.

                Dès 10 heures du matin, la circulation devenait impossible aux alentour de l’exposition : malgré un service d’ordre des mieux organisés, les aéroplanes trouvaient difficilement le moyen de gagner le vaste débarcadère installé devant l’entrée principale, et nous connaissons certains enragés qui, dans leur hâte d’arriver, ont, tout en maugréant, fait demi tour pour rentrer chez eux remiser leur autoplane  et revenir ensuite en automobile.

               Oui ! Le bon auto de nos pères a retrouvé hier des partisans, et quelqu’un disait en plaisantant que, les jours d’affluence, il n’est guère que l’auto pour aller vite !

               Il est certain qu’à l’entrée du Salon la chaussée était bien moins encombrée que l’atmosphère et que les automobiles circulaient plus facilement que les autoplanes.

               Quant aux autoballons, nous sommes d’avis qu’on devrait purement et simplement les interdire dans les réunions comme celle-ci. L’encombrement qu’ils causent les rend bonnement odieux et nous ne  comprenons pas qu’on les tolère ailleurs qu’à la campagne ou aux bains de mer !

                Les aéronats sont des appareils destinés aux voyageurs aux long cours ; ils sont faits pour évoluer au-dessus des immensités de l’océan  ou des continents, à 1000 mètres d’altitude. Nous admettons fort bien qu’on utilise les aéronats pour relier Paris à New York, Rio de Janeiro, Tombouctou, Pékin ou Sydney ; mais tolérer qu’en 1950 une ville comme Paris soit obstruée un jour de grande affluence par une demi douzaine de ces gros poissons volants, c’est absolument inadmissible, et les murmures du public devraient faire comprendre aux propriétaires de ces encombrantes machines que l’air de a capitale n’est pas fait pour de tels engins.

                 Puisque nous en sommes au chapitre des critiques, messieurs les organisateurs du Salon nous permettrons ils de leur demander pourquoi un emplacement spécial n’est pas réservé au stationnement des aérocabs de la Compagnies de Fiacres Aériens ? Cela rendrait également service au public qui emploie ces utiles véhicules et aux propriétaires d’autoplanes particuliers qui retrouveraient plus facilement leurs machines, celles-ci n’étant plus confondues avec les aérocabs.

                 Mais nous louons sous réserve l’organisation du service des aérobus desservant spécialement le Salon : de 10 heures du matin à minuit, ils ont, sans un accroc, sans une panne, transporté à Paris des milliers de visiteurs venant de Rouen, de Nantes, du Havre, d’Orléans, etc…

                  Nous ne pouvons aujourd’hui dans cet article examiner en détail toutes les merveilles du Salon de 1950 et nous ne voulons, dans ces notes rédigées rapidement, que donner une vue d’ensemble sur cette exposition si réussie. Nous ne ferons donc que mentionner en passant les nouveautés sensationnelles de la Société Industrielle des Moteurs à Explosifs qui, à côté des moteurs à nitro-benzine  qu’elle a lancés il y a bientôt dix ans, expose une remarquable série de moteurs extra légers dans lesquels le mélange d’acide hypoazotique et de nitro-benzine, qui constitue maintenant le mélange détonant, se fait à doses infinitésimales dans la chambre même d’admission ; cette chambre est refroidie par l’air liquide dont la détente est utilisée à son tour et ajoute sa puissance à celle de l’explosif.

                  La S.I.M.E. a appliqué ses nouveaux moteurs à des autoplanes à surface réduite et a obtenu des vitesses dépassant 360 kilomètres à l’heure ! Ce sont de véritables projectiles franchissant en moins de 2h1/2 les 863 kilomètres séparant Paris de Marseille !

                  D’ailleurs, tous les autoplanes à grande vitesse que nous présentent cette année nos constructeurs français affectent  de plus en plus la forme de projectiles fuselés, et les ailes sont réduites à de simples ailerons comparables à l’empennage des antiques flèches en bois dont se servent encore quelques hordes sauvages.

                   On sait que les grandes ailes des premiers aéroplanes étaient nécessaires pour leur permettre de quitter le sol et de se soutenir en l’air à cause des faibles vitesses qu’ils possédaient alors ; mais maintenant que la combinaison de l’hélicoptère et de l’aéroplane a permis l’ascension sur place sans le secours des ailes, maintenant surtout que la vitesse de marche n’est jamais inférieure à 150 kilomètres à l’heure, l’envergure des plans a pu être considérablement réduite.

                    L’œil s’est rapidement accoutumé à ces formes nouvelles et c’est avec un réel étonnement que les visiteurs s’arrêtent devant les antiques aéroplanes exposés à la Section Rétrospective que les commissaires du Salon ont eu la bonne idée d’organiser cette année et qui constitue un véritable musée de l’histoire de l’aéronautique pendant cette première moitié du XXe siècle. Rien n’est instructif comme de suivre, sur les modèles exposés, les modifications successives de ces charmants autoplanes, depuis leur création en 1923, jusqu’aux récents modèles si légers, si souples, si harmonieux de forme, qui font aujourd’hui la joie de nos jolies aviatrices !

L’ARCHITECTURE BOULEVERSÉE PAR L’AVIATION

                Un stand qui ne marquera pas d’intéresser le public est celui dans lequel la Société des Architectes français a eu l’heureuse inspiration de grouper une série de photographies et de maquettes représentant les transformations de Paris depuis un demi siècle ; elles permettent de suivre l’évolution de la construction moderne, en rapport avec nos habitudes et nos mœurs bouleversées par le développement inouï de l’aéronautique dans le cours de ces vingt dernières années.

                   Les toits pointus, aigus comme des crêtes de glaciers, qui faisaient ressembler Paris à une série de chaînes de montagnes, ont disparu d’année en année et, dès 1920, nous voyons apparaître les premières maisons avec toitures en terrasses aménagées pour offrir un débarcadère commode aux autoplanes ; toutefois ce n’est pas avant 1930 que la transformation s’accuse par la création des premières voies aériennes, à la suite de l’ordonnance du préfet de police fixant une hauteur uniforme pour les constructions.

                  L’examen de ces vues panoramiques de Paris montre comment peu à peu la vie active s’est transportée dans les airs : l’antique chaussée, désormais affranchie de la circulation intense d’autrefois, ne sert plus qu’aux lourds transports, aux charrois encombrants, au train de marchandises. L’accès des maisons se fait par le ciel, et les rez-de-chaussée sont au sixième étage.

                  Dans la section des aéronats, on admirera le modèle réduit que la Compagnie Générale Transaérienne expose de ses nouveaux dirigeables de 50 0000 mètres cubes, qui vont être uniquement employés sur ses lignes Paris New York et Paris Pékin : ils sont aménagés avec un luxe et un confort véritablement merveilleux. A signaler aussi, dans cette section, l’aérobus à cinquante places de la Société Française de Aérobus pour ses nouvelles lignes rapides entre Paris et la côte normande, qui vont mettre les bains de mer à une heure de Paris !

                   Le stand de l’habillement mérite également une mention dans ce rapide compte rendu : nos grands magasins de nouveautés rivalisent de bon goût dans la création de nouveaux costumes d’aviation qui répondent à toutes les conditions de l’hygiène moderne, en mettant le corps à l’abri du froid causé par un courant d’air de 100 mètres à la seconde ! Nous signalerons entre autres le vêtement tout en plumes d’eider, une vraie merveille ! Mais nous recommandons aux dames qui l’adopteront de ne pas présenter à contre vent leur cuirasse de plumes : il n’en resterait pas une à leur vêtement ! D’autre part, il n’y a qu’à féliciter les Grands Magasins du Plein Air pour leur création du casque respiratoire, aussi élégant que pratique, et qui évitera aux aviateurs, qui font du 300 à l’heure, la fâcheuse asphyxie.

                   A minuit, le Salon a fermé ses portes et les organisateurs ont pu se féliciter du succès de cette première journée. Le coup d’œil, au moment du départ des milliers d’autoplanes qui filaient dans toutes les directions, brillamment illuminés, était véritablement féerique. On eût dit un vol de lucioles, un essaim d’étoiles filantes, une pluie de bolides et de météores ignés, et la foule des curieux qui se pressait aux alentours de l’Exposition ne pouvait se lasser d’admirer le spectacle toujours nouveau de ces milliers de feux se croisant dans l’espace et zébrant le ciel de traînées lumineuses qui scintillaient dans la nuit noire et se perdaient bientôt à l’horizon embrasé comme par les mille fusées multicolores du bouquet d’un feu d’artifice !

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