L’Ecole des Sports d’Hiver

 

L’ECOLE DES SPORTS D’HIVER

 

Chaque année grandit la vogue et s’accroît le nombre des sports sur la glace. Ils passionnent tous ceux qui trouvent dans l’exercice au grand air et dans la sensation vivifiante du froid un plaisir incomparable. En donnant ici à nos lecteurs les détails les plus précis et les renseignements les plus pratiques, nous inspirerons sans doute à beaucoup d’entre eux le goût des ces sports si hygiénique et à la fois si amusants.

 

Jadis, ou, pour être un peu plus précis, il y a seulement une dizaine d’années, le jeunes Français sollicité de dresser la listes des sports d’hiver aurait été fort embarrassé d’en citer plus d’une demi-douzaine. Après avoir parlé de la glissade, du traîneau, du patinage, il lui aurait fallu compléter la série avec des jeux encore plus primitifs : tels, les combats à coups de boule de neige.

Aujourd’hui, les sports d’hiver remplissent une liste qui ne cesse de s’allonger, en même temps que le nombre de leurs adeptes augmente dans les proportions inouïes.

Pour devenir un adepte de ces sports d’hiver, la volonté ne suffit pas : il faut l’instruction et l’équipement. Dans les grandes stations hivernales, à Chamonix, à Davos, à Saint Moritz, s’ouvrent de magasins où le touriste peut s’équiper des pieds à la tête, et fonctionnel et des écoles où les professionnels l’initieront à forfait à la pratique du ski, du toboggan et du bobsleigh.

Le manuel du parfait skieur

 L’école de skis de Chamonix est la plus réputée. Elle est dirigée par d’experts Norvégiens, assez habile pour transformer en skieur ou en skieuse la personne la moins préparée, après un cour de dix à douze leçons.

            L’apprentissage ne va pas tous seul : l’usage de deux longues lames de bois de frêne présente au débutant des difficultés qu’il juge d’abord insurmontables. Avant tout, il doit s’habituer à marcher en rentrant la pointe des pieds, de façon que les skis restent toujours parallèles. Une seconde d’oubli, et c’est la fatale culbute, les deux lames enchevêtrant leurs extrémités postérieures. Une autre erreur, dont le professeur s’applique à guérir son élève, consiste dans la violation de cette règle absolue du skiing qu’au cours d’une marche en pays plat, le pied ne doit être levé sous aucun prétexte. La marche en skis est un glissement continu. Elle ne cesse de l’être qu’en terrain accidenté, quand le skieur tente une ascension ou dégringole une pente. Aussi pénible est la montée, aussi agréable est la descente, surtout quand l’extrême déclivité de la pente la rend très rapide. Mais c’est que les plus graves dangers guettent le novice. Si ses maîtres ne lui enseignèrent pas à fond la façon d’exécuter un brusque virage en jetant violemment le corps de côté, tout en plaçant les deux skis simultanément en travers de la pente, le skieur imprudent n’éviteras pas toujours la fatale crevasse ou la falaise abrupte….Et l’Alpe homicide compteras à son actif un meurtre de plus. Le lecteur aura soupçonné qu’un outillage spécial est indispensable à l’adepte de ces sports alpins. Écartons la question du costume : à part les gants épais et la toque de fourrure ou le bonnet canadien, la tenue d’un skieur ne diffère pas sensiblement de cella d’un cycliste. Les skieuses revêtent  de préférence l’épais jersey de laine et la jupe courte en gros drap. Venons-en à l’outillage proprement dit. L pris d’une paire de skis varie de 25 à 35 francs, selon la longueur et la qualité du bois et des lanières d’attache. On distingue le ski de plaine, long de 3 mètres, le ski de montagne, qui ne doit pas dépasser 2 mètres, et le ski d’excursion, qui se plie en deux. Le skieur se munit parfois de deux alpenstocks, quand il part en excursion dans des régions qui ne lui sont pas familières. Mais un seul de ces longs bâtons suffit au sportsman. Ils diffèrent des alpenstocks communs en ce qu’ils portent, à 10 cm de leur pointe, une sorte de petite raquette de forme circulaire qui arrête le bâton et l’empêche de s’enfoncer profondément dans la neige, quand le skieur cherche un point d’appui. Ces bâtons se vendent de 10 à 25 francs.

Les jeunes montagnards de nos départements alpins n’y mettent pas tant de façons ! Deux douves de barrique, quelques ficelles pour les attacher aux chevilles, et voilà notre skieur près à accomplir les plus audacieux exploits, y compris le saut de la banquette. Cependant, avec des skis aussi rudimentaires, il ne saurait qu’approcher de fort loin des records établis par les athlètes norvégiens : tel Nils Gjestvang, bondissant avec grâce du haut d’une falaise, en exécutant dans le vide un saut de 41 mètres !

Traîneaux en tout genre

U n autre sport dont l’acclimatation en Europe est de date récente est celui du toboggan. C’est l’odabagan des Iroquois. Adopté dès les premiers temps de la conquête par les Canadiens, il ne fut introduit en Europe qu’en 1877, quand trois touriste anglais s’avisèrent que les chemins en lacets de Davos remplaceraient avec avantage les chutes de Montréal et de Québec. Le succès fut immédiat : dès 1883 des courses internationales de toboggan s’organisèrent à Davos, dans cette vallées des Grisons que le sport Canadien devait rendre fameuse. Chamonix, avec sa coupe de la course challenge du Mont-Blanc, a enlevé à la station helvétique une bonne partie de sa clientèle.

Le terme tobogganing sert maintenant à désigner les divers sport alpins de traîneau. Rappelons-nous quel est leur principe commun ? Assis ou allongé sur le véhicule, le courseur s’engage sur un chemin couvert de neige, à pentes rapide et à sinuosités fréquentes, et, entraîné par son propre poids, descend la piste avec une vitesse qui peut atteindre 100 kilomètres à l’heure. Pour qu’une piste soit goûtée des coureurs, il faut qu’elle représente ça et là des déclivités plus marquées. Emporté par la vitesse acquise, le traîneau s’élance alors dans le vide pour ne reprendre contact avec le sol que 20 ou 25 mètres plus loin. La sensation est délicieuse.

Ce sport si à la mode se présente sous trois variété principales correspondant à autant d’instruments très distincts. C’est d’abord la luge, traîneau massif, presque entièrement construit de bois, en usage, depuis des siècles, dans toutes les régions alpines, et que les sportsmen délaissent de plus en plus au profit du toboggan canadien. On la monte assis, en se dirigeant avec deux petits bâtons ferrés, les talons servant de freins. A Chamonix, une luge coûte une vingtaine de francs.

 Plus dangereux, mais aussi plus passionnant en raison des vitesses excessives qu’il fournit, est le toboggan, petit traîneau entièrement construit d’acier. Son prix varie entre 20 et 30 francs. Très léger, c’est lui qui procure aux intrépides lugeurs cette sensation de vol plané que j’ai indiqué tout à l ‘heure, quand il bondit le long de la descente. Le coureur s’allonge à plat ventre ; il dirige soit à l’aide de la pointe ferrée du soulier, soit en soulevant à deux mains l’avant du traîneau et en le déviant dans la direction voulue.

Reste à parler du bobsleigh, toboggan de grande dimension qui a reçu depuis peu de notable perfectionnements. Capable de recevoir de quatre à cinq coureurs, ils reposent sur deux paires de patins, dont la première obéit à l’action d’un volant de direction semblable à celui des automobilistes. Un tablier métallique sert de coupe-vent, et les freins, consistant en deux crampons placés à l’arrière, sont reliés à l’avant par deux baguettes d’acier que le pied du conducteur actionne au moyen d’une pédale. A Chamonix un bobsleigh coûte de 200 à 300 francs. Mais le prix de certains modèles dépasse 1000 francs

Sans qu’on puisse le considérer comme un sport meurtrier le tobogganing, tel qu’il se pratique actuellement en Suisse, constitue en somme un exercice dangereux. On se souviendra que, l’an dernier, pendant les matchs internationaux de Davos, un employé trop zélé n’attendit pas la fin des épreuves pour refermer une barrière qui défendait l’accès à la piste. Lancé à une vitesse de 100 kilomètres, un malheureux coureur vint se fracasser contre l’obstacle….

LA TERREUR DES COMPAGNIE D’ASSURANCE

 Les Norvégiens ont un sport analogue, mais beaucoup plus dangereux : c’est  l’aking. Le véhicule dont il se serve le kjoelke , est un traîneau léger, long de 2 mètres et large  seulement de 0m.30. Le coureur s’assied presque à l’arrière, les jambes allongées ; sa main droite laisse traîner une perche longue de 5 à 6 mètres qui  joue –  ou devrai jouer-  le rôle de frein et de gouvernail. Mais bâton ferré refuse parfois de mordre sur le verglas,  et le traîneau trop étroit est d’un équilibre instable. Les accidents mortels sont devenus si fréquents que les autorités Norvégiennes menacent d’interdire l’aking. En 1906, 25 pour 100 des primes payées par des compagnies d’assurances Norvégiennes contre les accidents furent versés à des familles de toboganistes !

Quand nous aurons mentionné le bandy écossais, qui n’est autre que le hockey joué sur la glace par des patineurs, et le curling, une variante du jeu de boules qui se joue sur les étangs glacés des  Higlangs d’Ecosse et aussi dans certaine régions de l’Allemagne centrale, nous pourrons nous embarquer pour le  Canada, nous pourrons embarquer pour le Canada, la véritable partie des sport d’hiver. 

DANS LA TERRE PROMISE DES SPORTS D’HIVER

Traversez le Canada pendant l’été, revoyez-le durant ses six mois d’hiver : vous ne reconnaîtrez ni le pays ni les habitants. Sous l’unicolore manteau de neige a disparu la prairie verdoyante avec sa splendide floraison. Anémié par les grosses chaleurs humides de l’été, le Canadien a salué avec enthousiasme  la baisse du thermomètre : avec l’air pur qui souffle du nord lui revienne sa vigueur, sa gaîté, son amour enthousiaste de la vie active.

C’est l’époque des sports d’hiver ; et nos compatriote du Nouveau-Monde ont su les varié à l’infini, tout en les poussant à leur suprême degré de perfectionnement. Parlerai-je du patinage et des dessins compliqués que les experts de Montréal et de Québec gravent sur la glace, du bout de leurs patins agiles ? On cite un concours entre deux fameux figure-skaters, à qui exécuterais en patinant le plus grand nombre de dessins différents. A la fin de la troisième journée, l’un des concurrents avait terminé son deuxième mille, et l’autre le suivait de prés. Pour arriver à tracer sur la glace 2000dessins différents représentant des silhouettes humaines ou animales, des fleurs, des rosaces, et sans s’y reprendre, combien de talents ne faut-il pas cumuler ! Et quelle imagination fertile ! Un sportsman canadien s’est amusé à collectionner les dessins exécutés sur la glace par les membres d’un club de patinage à Montréal. A la fin de la dernière saison, il en était à son dixième milles !

Un sport des plus courus au Canada est celui de la raquette : les « raquetteurs » y forment d’innombrable s clubs organisés militairement, avec leurs officiers et leurs musiques. Ces raquettes, appelés aussi souliers-à-neige, ont été empruntées au Peau-Rouge par les canadiens. Elles rappellent la forme de l’instrument cher au joueur de paume ou de tennis, mais avec un manche beaucoup plus court. Le pied, chaussé de mocassins fabriqués de cuir souple, s’attache au centre du réseau de nerfs de cerf. Le raquetteur est maintenant équipé : il est le maître de la neige ! S’il n’a pas couvert ses 180 kilomètres à la fin de la journée en glissant, d’un jarret léger, sur l’épais manteau qui recouvre la plaine sans fin, c’est qu’il se sera attardé à fusiller les écureuils dans les sapins

Avec sa température boréale qui persiste sans changement notable pendant prés de six mois, la province de Québec jouit d’avantages naturels qui en font déjà le lieu de rendez-vous d’innombrables sportsmen : c’est le Chamonix, c’est le Davos du Nouveau-Monde. Elle ne possède cependant aucun sommet comparable au Mont-Blanc, et ses Laurentides, pour qui  a vu les Alpes, ont l’air de monticules.

Mais cette chaîne de collines et de plateaux, coupée de nombreux cours d’eau, parsemée de lacs superbes, l’abrite de la violence des vents du nord, en même temps qu’elle offre aux sportsmen un nombre illimité de pistes idéales pour tous les sports d’hiver. Dans quelle région du monde un patineur pourrait- il trouver, à proximité d’un ville populeuse, une piste assez longue pour qu’il puisse couvrir 16 kilomètres en ligne droite ? C’est l’exploit qu’accomplit à Montréal, il y a cinq ans, le fameux patineur J.B. Johnson, quand il parcourut ces 16000 mètres en 31 minutes 11 secondes !

Cette vitesse phénoménale devait être dépassée par un autre patineur canadien, qui conquit le record du mille (soit 1609 mètres) avec une durée de 2 minutes 12 secondes.

OÙ L’ON PATINE À LA VOILA

Les énormes surfaces de glace plane que le patineur canadien peut utiliser sans de fâcheux écriteaux – «  dangereux ! » – arrêtent l’élan de son enthousiasme, l’ont engagé, dés longtemps, à compliquer son sport favori. Par une brise modérée, il n’hésite pas à se munir d’un foc, dont les deux cotés peuvent avoir une longueur de 1 à 2 mètres, avec une ouverture d’angle de 40 à 50 degrés. C’est un véritable voile de canot, encadrée par trois baguettes d’un bois à la fois flexible, hésitant et léger, et qu’il maintient un peu en avant de lui, dans un plan vertical, la main gauche fixée au milieu de la baguette transversale.

S’il s’abandonne à la force du vent sans se choisir un but précis, le bras droit lui sert à maintenir son équilibre. Au contraire, s’il veut louvoyer, la droite ne doit pas quitter le milieu de la baguette supérieure, afin de pouvoir modifier constamment la position de la voile. Un faux mouvement, un manque de précision, et le patineur est précipité avec force sur la glace. Mais quand le patineur expérimenté est servi par un vent favorable, la sensation qu’il éprouve est exquise. Sans qu’il ait à produire d’efforts musculaires, il se voit emporté sur la surface lisse de l’immense miroir à une vitesse que lui envierait presque un train express ! On a vu des canadiens filer derrière leur foc à raison de 65 kilomètres à l’heure !

Voici une autre forme de ce sport, non moins amusante que celle que nous venons de décrire. Un certain nombre de patineurs, huit ou dix, se rangent à la queue-leu-leu, chaque homme appuyant ses mains aux hanches du camarade qui le précède, derrière un conducteur qui tient à deux mains un foc d’assez grande dimension ( 3 mètres de côtés au moins). Avec un vent favorable, la joyeuse équipe peut filer bon train. Mais il n’est pas rare qu’une brusque saute de vent abatte d’une masse la file de patineurs – telle une rangée de dominos !

DES BATEAUX QUI VONT SUR LA GLACE

 Entre tous, il est un sport exclusivement canadien et qui procure parfois à ses adeptes cette sensation de vitesse folle que les « chauffeur » ne peuvent demander qu’aux meilleures machines : c’est l’ice-boating ou ice-yachting, le plus passionnant des sports d’hiver et de tous les sports qu’on n’ait jamais imaginés ! J’ose à peine citer les chiffres. On a vu des yatchs-à glace filer sur les grand lacs canadiens à la vitesse de 130 kilomètres heures. Les vitesses supérieures n’ont pas été chronométrées, mais des témoins dignes de foi affirment que des traîneaux à voiles ont atteint l’incroyable vitesse de cent quatre-vingts kilomètres à l’heure !

S’il nous faut décrire ici ce «bateau-véhicule» que peu d’européens ont vu o l’œuvre, nous dirons sommairement qu’il se compose de deux solides charpentes disposées en croix, d’un mât supportant u  foc et une brigantine, et de trois patins d’acier dont deux sont disposés sous chacune des extrémités de la traverse, tandis que le troisième, mobile et faisant office de gouvernail, est disposé a l’arrière. Communément ces étranges esquifs ont une longueur de 18 ou 20 mètres. Parmi les adeptes, beaucoup aiment à construire eux-mêmes leur yacht. Mais on peut s’en procurer à Montréal et à Québec à des prix variant entre 1250 et 1500 francs.

La manœuvre de l’ice-boat exige un apprentissage spécial. Le plus habile yachtman «aquatique», qui s’assied pour la première fois à la barre d’un bateau à glace, n’en connaît guère plus long que le commun des mortels. Ce n’est pas que les manœuvres soient très compliquées : le «roi des sports» requiert, à défaut de science nautique, de la présence d’esprit, de l’audace, et aussi une familiarité de vieille date avec les courants d’air de la région, leurs caprices, leurs brusques accès de fureur.

Des deux hommes qui forment l’équipage d’un yacht à glace, l’un se couche à plat entre prés de la barre, tandis que son compagnon, accroupi au pied du mât, se tient près à courir sur la traverse, soit pour larguer ou amener les voiles, soit pour jeter tout le poids de son corps à l’une des extrémités de cette charpente, quand l’esquif prend une inclinaison dangereuse.

C’est que le danger est la menue monnaie d’une partie d’ice-boating ! Enveloppés d’épaisses fourrures, les deux hommes sont à leur poste : et, dans la brise qui se lève, le foc, puis la brigantine sont hissés. Les cordes ne sont pas encore amarrées que le navire, dans le sonore craquement des charpentes, s’élance en un bon impétueux comparable au départ d’une automobile de course. Parfois, la secousse est si violente que les matelots sont projetés sur la glace. Et c’est la fin de la partie ! Inutile de courir après le fugitif : en quelques minutes, il sera hors de vue. Le vent qui le fait voler sur la surface du lac le précipiteras tôt ou tard sur les rocher du rivage, où il se briseras en mille morceaux.

Mais supposons que le démarrage ait été normal. Pour les passagers, c’est un plaisir incomparable. Sous le ciel bleu d’acier de l’hiver canadien, dans l’air pur qui fouette le sang, ils sont emportés désormais sans la moindre secousse. N’étaient les trépidations du mât  et des solives, ils oublieraient volontiers qu’ils font partie intégrante d’un véhicule qui court à la vitesse de 80 à 100 kilomètres à l’heure sur la surface congelée d’un lac vaste comme une mer.

Le programme serrait incomplet s’il se limitait à cette sensation de vitesse. Voici qui va diversifier les émotions. Déjà, les rides, provoquées par un souffle de vent à l’heure où l’eau se congelait, ont rompu la monotonie du miroir. Plus loin, ces rides sont devenues des crêtes, hautes d’un mètre. Le timonier agirait prudemment en virant de bord….. Mais il est trop tard ! Filant comme une flèche, le bateau c’est jeté follement sur le premier obstacle. L’avant s’enlève d’un bon, le mât se couche sur le côté, les charpentes gémissent affreusement…..C’est l’affaire d’une fraction de seconde. Le mât s’est redressé. Sans ralentir son impétueuse vitesse, le bon yacht se précipite à l’assaut d’une nouvelle ligne de tertres. 

Mais quelle est cette ligne noire qui interrompt là-bas l’étincellement de la glace sous le soleil ? D’un coup d’œil, les Canadiens ont identifié le péril : le vent les emporte vers une de ses fissures où tant de novices ont vu s’engloutir leur ice-boat, quand ils n’y trouvaient pas eux-mêmes la mort.

Rapidement, les deux hommes ont pesé leurs chances. S’ils amènent toute leur toile, la vitesse acquise entraînera l’esquif dans le voisinage du crach, sur une glace fatigué, amincie, qui cédera peut-être sous le poids des charpentes….Leur parti est pris ! Au lieu d’amener de la toile, ils donnent à leurs deux voiles leur développement maximum !

Ah ! la voilà bien, la sensation propre à l’ice-boating ! Le vol plané, les canadiens l’ont pratiqué bien avant la naissance des Farman, des Delagrange et des Wright ! Un brusque coup de barre a soulevé l’avant du navire, qui s’élève d’une masse en un bond prodigieux, vole au dessus du gouffre large de 6 ou 7 mètres dont l’eau noirâtre guettait sa proie, et reprend contact avec la surface glacée qui gémit sous le heurt.

POURSUIVRE LE YACHT FANTÔME

Voici un étrange accident dont fut témoin l’auteur de cet article. C’était, lors d’une course, sur un grand lac des environs de Québec.

Douze yachts s’étaient rangés en ligne sous les yeux attentifs de deux à trois mille spectateurs.

 Au signal du départ, dans la brusque bouffée de vent, les yachtmen hissèrent leurs voiles, et les bateaux, enlevés sur leurs patins, s’élancèrent avec impétuosité.

Les yachts s’entrechoquèrent, comme des chevaux fougueux au départ d’une course. La confusion ne dura qu’une fraction de minute. La main à la barre, les capitaines lancèrent leurs étranges goélettes dans la poussée du vent qui augmentait rapidement de violence.

Soudain, un cri de désespoir retentit : par un coup de barre trop brusque, un des concurrents avait imprimé à son yacht une secousse qui le jetait à bas de son banc. Et, tout à coup, la voile, brutalement ramenée, l’envoyait rouler à quinze pas de la glace, évanoui, le front sanglant.

Sans direction ; le yacht filait maintenant en zigzags, à une vitesse folle. Les spectateurs, tous montés sur leurs patins, s’élancèrent à sa poursuite, amusés qu’ils étaient par se marche capricieuse de vaisseau-fantome. Mais leurs rires, tout à coup, se changèrent en cris de terreur : une saute de vent lui avait fait faire volte-face, et, rebroussant chemin ; il arrivait droit sur les curieux, emporté dans un élan vertigineux !

Ce fut à la fois émouvant et comique. Comme s’il était gouverné par la main d’un mauvais génie, le yacht fonçait sur un groupe de fuyards qui se dispersaient en poussant des cries d’épouvante, puis, décrivant un angle, se précipitait sur un autre groupe. Dans la fuite éperdue, combien de chutes, combien de front bosselés et de nez ensanglantés ! Pourtant par bonheur, tout se borna à des horions sans importance ; la proue, en se course folle, ne devait heurter qu’un rocher, ou le yacht s’écrasa avec un fracas retentissant.

Ceux qui ne demande aux exercice de plein air qu’un passe temps agréable et sain feront bien d’y regarder à deux fois avant de ce livrer aux charmes de l’ice-boating.

Un écossais, qui avait longtemps vécu à Montréal, voulu, à son retour, acclimater le grand sport canadien dans ses highlands, où les lacs se gèlent chaque hiver. Il crut avoir découvert un emplacement idéal près de Carstairs, sur le spacieux loch de Cobbinshaw. Et sans plus attendre, il construisit un ice-yacht, qu’il lança en présence de nombreux spectateurs.

La tentative fut désastreuse. La glace céda bientôt sous le poids du traîneau. Notre sportsman voulu quand même naviguer sur la surface crevassée. Et, sous les yeux des spectateurs épouvantés, le yacht sombré d’une seule masse….Emprisonné sous les glaçons, le cadavre du trop malicieux innovateur ne fut retrouver qu’au dégel.

Nous regrettons de ne pouvoir décrire plus longuement ce sport magnifique. Et c’est heureux, en somme, que la place nous manque ! Parler de l’ice-boating à des lecteurs d’Europe, insister sur son charme incomparable, c’est aussi inhumain…que de parler gastronomie en présence d’un dyspeptique !

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