Ce que coûte une journée de neige à Paris

Ce que coûte une journée de neige à Paris 

 

                  Les Parisiens, le 29 décembre dernier (1908), ont eu une désagréable surprise. Vers midi, quelques flocons de neige, légers comme un fin duvet, voltigèrent timidement dans l’air gris de cette triste journée d’hiver. A trois heures, une couche de neige, atteignant 15 centimètres d’épaisseur dans les endroits où elle s’accumulait sous les sautes de vent, recouvrait le sol des rues.

LA VIE INTERROMPUE DANS PARIS….

                    Paris sous la neige ! C’est là un spectacle rare, presque déconcertant. En ces dix dernières années en effet, c’est à peine si, chaque hiver, les météorologistes ont eu à enregistrer deux ou trois tombées de flocons, et, depuis l’hiver 1895 jamais l’épaisseur de la couche n’avait dépassé 5 à 6 centimètres.

                    Réjouissons-nous de cette rareté, car la neige à Paris entraîne les pires conséquences. Tout d’abord, les accidents : trois morts d’hommes, huit fractures du crâne, cinq épaules démises, cinq jambes et deux bras cassés, voilà le douloureux bilan du 29 décembre 1908.

                     D’autre pat, pendant plus de deux jours, la vie parisienne a pour ainsi dire été suspendue. Les théâtres ont été particulièrement éprouvés ; aussi bien, de cette disette de spectateurs, l’Assistance publique et les malheureux qu’elle secourt ont été les premiers à souffrir : pour les 29 et 30 décembre, la diminution du « droit des pauvres » a atteint le chiffe énorme de 120 000 francs.

IL Y A NEIGE ET NEIGE.

                         Ce n’est pas tout. Les travaux de déblaiement et de nettoyage creusent un terrible trou dans le budget de la ville de Paris. Pour faire fondre la neige, on y répand d’énormes quantités de sel. Des cantonniers parcourent les voies, poussent des brouettes remplies de sel que l’administration tient en réserve dans ses magasins en vue des mauvais jours, et, à coups de pelle, le projettent sur la chaussée. Le sel fond, se combine avec la neige et la fait tourner en eau.

                      Encore faut-il que la neige soit docile à ce procédé. Car il y a neige et neige, et une foule de circonstances influent sur sa nature. Quand elle tombe en gros flocons, de faible densité, quand la température n’est pas trop basse et quand le vent souffle de l’ouest, tout va bien ; les finances s’en tire avec la bagatelle de 75 000 à 100 000 francs. Mais ce n’était pas le cas le 29 décembre dernier. Ce jour-là, il faisait la jolie température de 6 degrés au dessous de zéro ; le vent d’est soufflait avec rage ; enfin, la neige présentait une densité anormale : 0,117 alors que la densité habituelle des parisiennes est de 0,05. Impossible d’imaginer neige plus récalcitrante et plus ruineuse ! On devine qu’elle besogne ce fut d’enlever une masse de neige ayant un volume de 1 980 000 mètres cubes et un poids de 231 660 tonnes.

L’ARMÉE DES TRAVAILLEURS – UNE  NOTE SALÉE.

                      Aussi les sommes dépensées dans les cinq jours qui ont suivi la dernière neige sont-elles colossales. Il y a eu d’abord le sel ; on en a jeté 5 000 tonnes à 40 francs la tonne, transport compris. Coût : 200 000 francs. Puis, la neige plus ou moins bien fondue, intervinrent des escouades de travailleurs qui s’escrimèrent de la pelle et de la raclette. Les cantonniers municipaux dure faire des heures supplémentaires qui, le premier jour de l’enlèvement, le 30 décembre, sont revenues à 25 000 francs. En autre, le personnel étant insuffisant, il fallu engager des auxiliaires recrutés parmi la population des ouvriers sans travail ; 4 000 de ces travailleurs ont été employés du 30 décembre au 2 janvier et ont reçu 50 centimes par heure de 7 heures du matin à 7 heures du soir et 70 centimes après 7 heures.

                       La dépense totale a dépassé 500 000 francs. Un demi million pour 6 heures de neige ! On a peine à croire à l’authenticité d’un pareil chiffre. Rien n’est pourtant plus exact. Contribuables, maudissez la neige ! Deux journée comme le 29 décembre 1908, et il faudrait subir des taxes supplémentaires !

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