Paris brille dans la nuit

 

PARIS BRILLE DANS LA NUIT

 

                     Si, d’une hauteur voisine, vous tournez vos regards, par une belle nuit du côté de Paris, vous apercevez le ciel tout embrasé par un halo de lumière. Maintenant que l’aviation nous permet de découvrir tant d’aspects inédits du spectacle universel, la tentation n’est elle pas bien naturelle de naviguer au-dessus de Paris, une nuit où il est plus brillamment illuminé que jamais- la nuit de Noël ?

                      Une nuit de Noël à Paris, c’est une fête de la lumière, le triomphe de tout ce qui brille, scintille et rayonne. Cette nuit –là, l’heure du couvre-feu coïncide avec celle de l’aube, et, jusqu’au moment  où apparaîtront les nuances cendrées du petit jour, les 52 558 becs de gaz et les 1839 lampadaires égrenés le long des rues continueront de brûler…. Imaginons donc que nous avons pris place à côté de notre aviateur sur son appareil. Nous planons autour du sommet de la tour Eiffel. Sur la gauche, notre regard embrasse les quartiers ultra-parisiens, le Paris des élégances et des plaisirs. Le spectacle est féerique et nous arrache un cri d’admiration. Places, avenues, rues, la disposition de tout cela s’indique en taches, en bandes, en lignes, en courbes, en angles, en arabesques, en chapelets, en pointillés de feu.

                        Ici, bondée par une double haie de clartés, c’est la seine, et les lampes à arc du pont Alexandre sèment sur son eau noire et frissonnante de grandes fleurs d’argent. Cette sorte de large gouffre d’où s’élancent reflets et rayons, cette nappe de lueurs parsemée de perles et de globes incandescents, c’est la place de la Concorde, qui ainsi vue des airs, donne l’impression de quelque cratère embrasé. Et là-bas, tout là-bas, au-dessus de l’océan des toits, ce semis de points d’or, pareil à une constellation descendue à l’horizon de Paris, c’est la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, illuminée en l’honneur de la messe de Minuit.

                         Nous avançons et dominons maintenant la rue Royale, les Boulevards. C’est le quartier des restaurants de luxe, tout cela flambe ; ce ne sont que guirlandes et girandoles électriques. Jusqu’au jour ou on soupera là, au son des valses lentes.

                          Et puis voici les rues paisibles et retirées, d’ordinaire bien sagement plongées dans les demi-ténèbres quand minuit a sonné. Ce soir, sur les façades d’ombre de leurs maisons se détachent avec un chaud éclat les rectangles illuminés des fenêtres. On réveillonne en famille….Autour de l’arbre de Noël dont les branches plient sous le poids des « surprises », des rires juvéniles éclatent, de petites mains battent gaiement. Et, dans cette nuit d’allégresse, ces milliers et ces milliers de fenêtres qui rougeoient à l’infini mettent une jolie note d’intimité.

                           La plus vive surprise, au cours d’un tel voyage aérien accompli ce soir de Noël, aura été procurée par les quartiers du Vieux Paris, notamment par la cité.

                           Vous vous rappelez  cet épisode de Notre-Dame de Paris, le roman de Victor Hugo ; Le pauvre poète Gringoire, dont le « mystère » représenté dans la Grand’salle du palis de justice n’a obtenu aucun succès, s’en va tout déconfit, l’estomac et la bourse vides. C’est un soir de janvier 1482 ; la nuit est déjà tombée. Et le voilà errant dans les ruelles de la Cité et aux alentours du Pont-au-Change. Une à une les maisons se ferment, les dernières chandelles s’éteignent. Pas le moindre lumignon, plus rien que les ténèbres. Si bien que de venelles en culs-de-sac et de carrefours en pattes-d’oie, l’infortuné finit par se perdre et se fourvoyer dans la Cour des Miracles.

                             Car en ce temps-là Paris – même le soir de Noël – n’était pas éclairé du tout. Et pendant des siècles encore, la capitale souffrira de ce manque de lumière, si bien que, à la veille de la révolution, une instruction du lieutenant de police, relative précisément à la nuit de Noël, prescrivait aux exempts de se tenir aux abords des églises, munis de lanternes, afin de remédier « aux désordres résultant de l’obscurité », au sortir de la messe de minuit.

                              Quel abasourdissement chez le bon Gringoire, s’il revenait parmi nous justement une nuit de réveillon, lui qui fut toujours affamé ! La Tour carrée, les moyen-âgeuses ogives du Palais de Justice resplendissent  sous les jets phosphorescents des candélabres électriques et, baignés dans cette blancheur éblouissante, prennent un aspect fantastique et irréel. Et, des hauts des tours Notre-Dame, les gargouilles à figures de démons ou de bêtes d’Apocalypse contemplent fixement de leurs yeux de pierre le cadran géant du campanile de la gare de Lyon qui brille, semblable  à un astre énorme flottant à ras de terre !

                                Plus clair, toujours plus clair ! Tel semble être le mot de notre époque. La science, en fait de lumière, multiplie chaque jour les inventions nouvelles. Après le gaz, l’électricité, après l’électricité l’éclairage aux si étranges nuances clair de lune, obtenu à l’aide de la vapeur de mercure, puis encore l’éclairage au « néon » qui fait voir tout en rose. Et il parait que récemment un physicien vient d’inventer une lumière qui est exactement l’équivalent de la lumière du soleil……Alors, le dicton populaire sera retourné il fera vraiment jour en pleine nuit.

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